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Jachères et friches

Les jachères et les friches sont généralement des milieux temporaires ou de transitions, liés à un arrêt d’exploitation agricole ou d’activité humaine. Le cortège floristique qui les peuple est varié et dépend du type d’exploitation précédant l’abandon et des milieux les environnant.

Les jachères

Présentation

Les jachères sont des pratiques agricoles datant du Moyen-âge (assolement triénal). Elles consistent uniquement en un arrêt temporaire d’exploitation d’une ou plusieurs parcelles agricoles. Cet arrêt peut durer de 1 à 5 ans et a pour but de laisser la terre au repos. Ce sont donc des milieux très temporaires, ce qui entraîne un développement limité de la végétation. Actuellement 3 types de mise en jachère existent :
• La jachère classique ou " jachère d’antan " : arrêt total d’exploitation.
• La jachère ouverte : ensemencement en trèfle, géranium des prés ou ray-grass.
• La jachère industrielle : culture de produits non alimentaires (biocarburants,…).

Aujourd’hui peu pratiquée en agriculture intensive, la jachère classique s’avère pourtant, d’un point de vue écologique et protection du sol, d’un intérêt considérable.



Jachère à Martincourt (1994 photo - PnrL)

Végétation

Sur la plupart des jachères poussent des plantes cultivées, messicoles (plantes compagnes des moissons) et rudérales issues des graines présentes dans le sol et de l’essaimage des plantes des milieux voisins (cultures, prairies, bois et plus rarement zones humides) ou des haies qui les bordent. Ces plantes sont généralement des espèces pionnières et annuelles qui ont une forte capacité de colonisation tels que le coquelicot, le pissenlit, le bleuet, l’oseille ou les chardons.

Intérêt et mise en valeur
Devant la raréfaction de certaines espèces messicoles comme le bleuet, il est important d’encourager la mise en jachère. De plus, l’agriculture intensive pratiquée depuis plusieurs décennies appauvrit le sol, malgré les apports amenés par l’homme (engrais divers, plantation de légumineuses,…). La jachère permet alors une régénération plus ou moins entière du sol.

Pipit farlouse (photo – PnrL)
D’autre part, les grandes zones de culture sont biologiquement très pauvres (faible nombre d’espèces végétales et animales) même si elles offrent un abris à quelques espèces. Dès lors, la jachère, grâce à sa flore et à sa structure plus variées, a un effet attractif, notamment en temps que refuge pour l’avifaune (faisan, perdrix, vanneau, alouette, pipit farlouse,…), qui s’y nourrit et s’y reproduit. De nombreux insectes ( papillons, coléoptères,…), attirés par la grande variété de plantes qui y poussent, y trouvent également refuge ainsi que quelques mammifères (lièvre, chevreuil,…). Pour le gibier, des incitations à la mise en jachère ont été faites par l’Etat (mesures agri-environnementales), et par les associations de chasse (fiches jachère cynégétique) accompagnées d’indemnités financières en plus de la prime à la jachère.
Les Friches

Présentation

On définit par friches, toute parcelle abandonnée, bords de routes et autres espaces interstitiels sur des sols perturbés et colonisés par des plantes rudérales, pionnières ou nitrophiles (ex : l’ortie). Ce sont souvent des milieux peu accessibles, d’aspect " hostile " et qui nécessitent un entretien important si on veut les utiliser.
On peut en définir 2 types :
• Les friches résultant d’un abandon cultural voire industriel.
• Les friches résultant d’une non utilisation de l’espace (bord de route,…).


Friches à Domèvre-en-Haye (1995 photo - PnrL)
Cependant, la majorité des friches naissent de la déprise agricole, phénomène en expansion ces dix dernières années. Beaucoup de milieux sont touchés (pelouses, vergers, champs, pâtures,...) et même si les friches sont peu nombreuses en Lorraine, on compte 10 millions d’hectares en France depuis 1980. La friche évolue au cours du temps pour atteindre un stade arboré et une forêt (climax) en stade ultime.

Végétation

Les plantes colonisant les friches proviennent, comme pour les jachères, du stock de graines résidant dans le sol et surtout de l’essaimage des milieux voisins. Les ronces, les orties, le prunelier, le cornouiller sanguin, sont les plus communes, mais on y trouve aussi le cerfeuil, les chardons et les épilobes.


Lézard agile, hôte régulier des friches (photo – L. Godé)

Toutes ces espèces coexistent avec celles qui constituaient le milieu laissé à l’abandon (arbres fruitiers pour le verger, colza, avoine pour les cultures,…), mais, progressivement, ces dernières vont disparaître. En effet, toutes les plantes ne vont pas coloniser le milieu en même temps et à la même vitesse, donc, différents cortèges de végétaux vont se succéder année après année.

Intérêt et mise en valeur

La friche est souvent un milieu de transition (écotone) entre 2 autres types d’habitats. Comme la haie, elle sert de relais et de corridor écologique cumulant ainsi les espèces des 2 milieux et apportant également sa richesse spécifique.
Cependant, l’intérêt de la friche réside souvent dans les milieux qui la précèdent. En effet, que ce soit un verger, une pelouse calcaire ou une zone humide, l’enfrichement peut faire disparaître de nombreuses espèces sensibles propres à ces milieux. Dans bon nombre de cas, il est donc préférable de gérer ces friches pour permettre un retour au milieu initial. Dans un premier temps, on effectue un débrousaillage et une coupe sèche puis on met en place une gestion adaptée à long terme comme le pâturage extensif pour l’entretien de prairies et marais. De plus, l’enfrichement peut accentuer les risques d’incendies.


Phanéroptère commun (Phaneroptera falcata), hôte des friches sèches

Mais, dans la cas où le milieu initial est de faible intérêt (culture, zone industrielle), la déprise contribue à l’enrichissement de notre faune par la création d’habitats favorables à des espèces animales et végétales rares ou protégées et elle crée des refuges pour de nombreuses espèces animales : de nombreux passereaux (fauvettes, bruants,…) se nourrissent et se reproduisent dans les friches et on y rencontre beaucoup d’insectes, du gros gibier (chevreuil), des rongeurs et des reptiles (lézard agile, couleuvres).
Aujourd’hui, de nombreuses tentatives de revalorisation de zones en déprise (pelouses en friches, pâtures abandonnées, anciennes gravières) ont vue le jour avec, pour beaucoup, des résultats intéressants. Les friches sont des milieux riches, à forte potentialité, mais qui nécessitent une gestion partielle plus ou moins accentuée.

Ouvrages de référence

  • Collectif (INRA et CREBS). 1993/ Ecologie et friches dans les paysages agricoles. Ministère de l’environnement. 46 p.

 

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