Les étangs
Le territoire du Parc naturel régional de Lorraine s’est constitué sur les zones humides et en particulier les plans d’eau
Ces étangs sont très divers, tant par leur surface que par utilisation et leur mode de gestion. Ces diversités physiques et d’usages engendrent une biodiversité des plus remarquables.
Sur le Parc ont été dénombré 338 étangs de moins de 0,1 ha à 1 100 ha.
190 d’entre eux ont un caractère piscicole,
120 sont des étangs de loisirs (chasse, pêche à la ligne…)
25 appartiennent à des collectivités (dont 2 réservoirs d’eau potable)
et 3 appartiennent à l’Etat (Voie Navigable de France) pour l’alimentation de canaux de navigation.
Chacun ayant son propre mode de gestion et d’exploitation, leur intérêt biologique s’en trouve différencié.
Sur chaque étang on peut distinguer différents milieux physiques et floristiques permettant à des biocénoses différentes de s’installer.
Ainsi l’étang peut se différencier dans l’espace et dans le temps en milieu physiques différents comme :
- les cornées aux eaux plus basses et aux berges végétalisées,
- le plan d’eau en lui-même,
- le fossé central de récupération du poisson et qui reste en période d’assec la seule partie aquatique permettant la survie de nombreuses espèces,
- les fossés périphériques souvent exangues de poissons ce qui permet aux invertébrés comme aux batraciens et à la flore de s’installer plus sereinement,
- l’arrière queue au delà des roselières, souvent pâturée en zone d’élevage elle permet par son aspect dégagé et humide d’être bénéfique pour des espèces pionnières et à beaucoup d’invertébrés (en particulier des odonates)
- et enfin pour les vases exondées des assecs qui permettent la venue de nombreux limicoles, la croissance de nombreuses plantes spécifiques et la régénération des roselières.
Les cortèges floristiques évoluent en fonction de ces milieux avec comme grande dominante les roselières qui comprennent les typhaies, les phragmitaies, les scirpaies, les glycériaies, voire les jonchaies, les sparganiaies et les cariçaies. Elles sont le refuge et les zones les plus favorables à un grand nombre d’espèces rares ou typiques de l’avifaune.
Les hydrophytes forment également des milieux de grand intérêt pour l’avifaune tant en nourrissage qu’en milieu de reproduction (Guifette…) et peuvent être très riches en espèces végétales et en invertébrés.
Enfin les vases exondées permettent le développement d’une flore typique dont de nombreuses espèces rares.
Les influences continentales, océaniques voire nordiques, des remontées méditerranéennes, le tout placé sur un corridor de migration ornithologique favorisent encore plus cette diversité.
Ainsi, grâce à des programmes d’inventaires spécifiques, ont été identifiées sur ces étangs plus de 170 espèces végétales, telles que pour les vases exondées, la Laîche de bohème, les Elatines (à trois étamines , à 6 étamines et verticillée), la Limoselle aquatique, la Potentille couchée…
Parmi les hydrophytes on pourra trouver, particulièrement dans les roselières ou dans les fossés tranquilles, de nombreux potamots (16 espèces) dont les rares Potamots graminées, à feuilles aiguës, des Alpes, de nombreuses Renoncules aquatiques dont les rares Renoncules de Baudot et de Rion, le Faux nénuphar, les étonnants Utriculaires ou encore la rare Petite naïade.
Dans ce cortège, 246 espèces d’algues sont dénombrées avec tous leurs effets bénéfiques ou catastrophiques.
Enfin pour les hélophytes dominées par les Roseaux et les Massettes, on pourra trouver en arrière cortège la remarquable Grande Douve, le Séneçon des marais, la Germandrée des marais et le Troscart des marais dans les zones pâturées, le Jonc des chaisiers glauque et le Jonc fleuri ou encore le rare Plantain d’eau à feuilles de graminée.
Pour la faune, en Europe 12 000 espèces sont recencées pour les zones humides.
En Lorraine on peut dénombrer pour l’instant 290 espèces d’oiseaux dont environ 130 nicheurs comme le Blongios nain, le Busard des roseaux, le Butor étoilé, le Héron pourpré, la Rousserolle turdoïde, le Phragmite des joncs, la Nette rousse, le Grèbe à cou noir… De nomreux migrateurs y font étapes en hiver, les Chevaliers arlequin et abboyeur, l’Oie des moisson, la Sarcelle d’hiver, les Fuligules morillon et milouin, le Harle piette, le Canard souchet ou encore le Pygargue à queue blanche, le Balbuzard pêcheur…
13 espèces d’amphibiens dont de belles populations de Rainette verte et de Grenouilles verte et rousses, des espèces plus rares comme le Crapaud calamite, le Pélodyte ponctué ou le Crapaud accoucheur,
2 espèces de reptiles très fréquents tels que la Couleuvre à collier et le Lézard vivipare,
31 espèces de poissons dont la rare Bouvière et la Loche d’étang,
et 6 espèces de mammifères dont les Putois, Castor, Musaraigne aquatique et Rat musqué…
Ce volet, le mieux connu, n’exprime pourtant qu’un embranchement et 5 classes du règne animal alors que sont également présents plusieurs centaines voire milliers d’invertébrés pour 12 embranchements et 29 classes (protozoaires, spongiaires, cnidaires, plathelminthes, mollusques, annélides, arthropodes…) représentatifs de la biodiversité et surtout de la fonctionnalité de l’écosystème étang.
Sur les 12 000 espèces de faune des zones humides, 6 000 sont des insectes.
En une saison de prospection sur le Lindre, ce sont ainsi 20 espèces de punaises, 35 espèces de libellules, 127 espèces de coléoptères et 23 espèces de trichoptères qui ont été recensées.
La difficulté d’appréhender cet ensemble rend encore empirique bien des conduites de gestion de ces milieux.
Ainsi, la qualité et la diversité des étangs lorrains comme de tous les étangs en général est en péril. Ces zones humides ne sont pas isolées du reste des écosystèmes mais en lien étroit avec leur bassin versant, voire pour les oiseaux, avec des territoires à échelles plus internationales.
L’occupation du sol du bassin versant et des berges mêmes de l’étang, le réseau hydrographique tant en terme de qualité d’eau que de fonctionnement ou de disfonctionnement (drainage, barrage, étangs en chaîne…) influencent largement cet écosystème. Des facteurs extérieurs ajoutés à cela, tel que la météo, peuvent déstabiliser le fonctionnement du milieu au détriment des espèces comme de l’exploitation piscicole.
Ces aléas auxquels peuvent s’ajouter de nouveaux problèmes tels que la présence du Rat musqué, du Ragondin, du Cormoran, ou des plantes invasives, font peser de lourdes menaces sur les activités économiques piscicoles.
Pour parer à cela, émergent des volontés d’intensification des pratiques, des abandons de pisciculture traditionnelles au profit de zones de loisirs qui peuvent être de bonne qualité lorsqu’elles ont encore une activité cynégétique mais qui deviennent souvent un désert biologique pour Thuyas et Nénuphars roses.
Pour affiner toute recommandation de gestion sur la diversité des étangs, il nous faut encore apprendre et comprendre de nombreux volets de cet écosystème et des interactions avec son bassin versant. Mais avant tout, il faut pouvoir y maintenir une activité piscicole qui a permis jusqu’alors de conserver cette diversité qui fait la qualité de notre territoire. |