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Espace documentaire
Laurent, quand et comment es-tu arrivé au Parc naturel régional de Lorraine ?
Je suis arrivé au Parc en 1993. À l’époque, je travaillais au Conservatoire d’Espaces Naturels de Lorraine sur un diagnostic environnemental au Mont Saint-Quentin, en Moselle.
Le Parc recherchait alors une personne pour réaliser des diagnostics environnementaux sur des exploitations agricoles en Meuse et en Meurthe-et-Moselle, dans le cadre du plan de développement durable.
De fil en aiguille, le projet a pris de l’ampleur, y compris au niveau national… et c’est ainsi que l’aventure a commencé.
D’où te vient cet engagement pour la biodiversité ?
C’est une passion qui remonte à l’enfance. À 3 ans, je disais déjà à mes parents : “Plus tard, je veux protéger les grenouilles !”
Je n’ai pas grandi dans un milieu particulièrement naturaliste, mais mes parents m’emmenaient souvent en forêt le week-end. J’y ai découvert mes premières salamandres… et cela a été une véritable révélation. Je ramenais des tritons à la maison, j’étais fasciné.
Après le bac, mon parcours n’a pas été immédiat ni linéaire : je me suis d’abord orienté vers la botanique un peu par hasard, puis j’ai suivi un BTS horticole. C’est la rencontre avec des botanistes du Conservatoire qui a vraiment orienté la suite… et tout s’est enchaîné.
Quel est ton rôle aujourd’hui et quelles sont les missions du Pôle ?
Le pôle compte aujourd’hui 14 personnes. Lorsque je suis arrivé, nous étions deux.
Mon rôle est avant tout de coordonner l’équipe et de veiller à ce que les actions du pôle s’inscrivent dans les objectifs de la Charte du Parc. Cela passe par plusieurs dimensions : accompagner techniquement les projets, piloter les budgets, rechercher des financements et travailler avec de nombreux partenaires (collectivités, services de l’État, associations…).
Avec le temps, le métier a évolué : il comporte davantage de gestion, de coordination et de relations institutionnelles. Mais l’objectif reste le même : mettre en œuvre des actions concrètes au service du territoire.
La mission du pôle biodiversité peut se résumer simplement : connaître et faire connaître pour mieux protéger.
Nous produisons de la connaissance sur les milieux naturels, mais elle n’a de sens que si elle est partagée. Elle alimente ensuite les actions de préservation et irrigue l’ensemble des missions du Parc.
C’est une mission profondément transversale : le patrimoine naturel est la base de tout. Sans lui, il n’y a ni paysage, ni tourisme, ni attractivité. C’est notre capital commun.
Nous travaillons ainsi en permanence avec les autres équipes, notamment le pôle éducation, qui s’appuie sur nos connaissances pour construire des actions pédagogiques. Des projets participatifs comme “Pas de printemps sans hirondelles” illustrent bien cette complémentarité.
La sensibilisation fait pleinement partie de notre travail : elle n’est pas un “à-côté”, elle est essentielle.
Quelles actions te semblent porteuses pour l’avenir ?
La restauration des continuités écologiques est essentielle, tout comme la relance des Atlas de la Biodiversité Communale (ABC).
L’idée est de retourner vers les communes, 30 ans après, pour refaire un état des lieux et construire de nouveaux plans d’action.
C’est un outil concret et partagé, qui permet de remettre la biodiversité au cœur des décisions locales.
As-tu un souvenir marquant de ces années au Parc ?
Il y en a beaucoup, mais ce que je retiens surtout, ce sont les moments de transmission.
Je pense à cet agriculteur à qui j’ai montré les orchidées présentes dans ses prairies. Il ne les avait jamais remarquées. Ensuite, il en a parlé autour de lui… et il en était fier.
C’est ça qui compte : quand la connaissance devient un moteur de préservation.
Et puis il y a les actions concrètes : des kilomètres de haies plantées, des mares créées…
Sans oublier l’Atlas de la Biodiversité Communale, dont je suis particulièrement fier. Cet outil a essaimé à l’échelle nationale, ce qui donne le sentiment que le travail mené ici a du sens.
Si tu devais résumer ton métier en une image ?
On imagine souvent un naturaliste avec un filet à papillons… mais la réalité est bien différente.
C’est avant tout un travail collectif, à la croisée de trois dimensions : savoir, faire savoir et préserver.
Et au fond, l’idéal serait presque que le Parc n’ait plus besoin d’exister. Cela voudrait dire que nous avons réussi.
Quel regard portes-tu sur l’évolution de l’engagement des habitants ?
C’est très fluctuant. Il y a des périodes où la mobilisation est faible, puis d’autres où elle repart fortement.
Je me souviens des premières actions de protection des amphibiens dans les années 1990 : pendant plusieurs années, j’étais seul sur le terrain. Puis, progressivement, des bénévoles sont venus, jusqu’à être une centaine.
Aujourd’hui encore, certaines actions comme le comptage du butor mobilisent beaucoup de monde.
Ces expériences montrent bien que l’engagement des habitants évolue dans le temps, et qu’il doit sans cesse être entretenu. Rien n’est jamais acquis.
Quels sont les grands défis pour la biodiversité sur le territoire ?
Le principal enjeu est la préservation des ressources naturelles, en particulier l’eau et les zones humides.
Avec le changement climatique, les sécheresses s’accentuent, y compris sur notre territoire. Dans ce contexte, la biodiversité est notre meilleure alliée pour renforcer la résilience.
Pour agir concrètement :
Enfin, la sensibilisation est essentielle. Pas pour faire peur, mais pour aider à comprendre la nécessité de changer de trajectoire.
“Plutôt que de grands paysages, ce sont des microsites que j’aime particulièrement : des sources, des mares, des endroits discrets mais riches.
J’aime beaucoup la vallée de l’Esch, les Éparges, les étangs… et ces mares salées assez uniques, presque mystérieuses. On y découvre encore de nouvelles espèces.
Ce sont des lieux où l’on mesure à quel point la nature est à la fois fragile… et incroyablement résiliente.“
Maison du Parc
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