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« L’écologie et l’agriculture peuvent avancer dans la même direction. »
Entre prairies fleuries, exploitations agricoles et inventaires d’insectes et autres auxiliaires de cultures, Sidonie partage son temps entre le terrain et l’accompagnement des agriculteurs. Arrivée au Parc naturel régional de Lorraine en mars 2025, elle œuvre au quotidien pour concilier agriculture, élevage et préservation de la biodiversité. Rencontre avec celle qui se décrit volontiers comme « Madame Prairie ».
Sidonie, qu’est-ce qui t’a amenée à travailler au Parc naturel régional de Lorraine ?
Pendant mes études, je savais déjà que je voulais travailler dans un Parc naturel régional.
J’ai d’abord suivi un BTS puis une licence professionnelle en gestion et protection de la nature. Très vite, je me suis passionnée pour l’agriculture et plus particulièrement pour l’élevage, que je considère comme un levier essentiel pour préserver la biodiversité. J’ai ensuite poursuivi avec un master en écologie, spécialisé dans les milieux agricoles et forestiers, à Nancy.
Ma première expérience professionnelle m’a conduite au Parc naturel régional des Baronnies Provençales, où je mettais en œuvre les Mesures Agro-Environnementales et Climatiques (MAEC) dans les milieux pastoraux de moyenne montagne. En mars 2025, j’ai rejoint le Parc naturel régional de Lorraine pour poursuivre cette mission sur un territoire différent, mais avec les mêmes convictions.
En quoi consiste concrètement ton travail au quotidien ?
Mon métier évolue beaucoup au fil des saisons. D’avril à juillet, je suis principalement sur le terrain, soit pour rencontrer les agriculteurs, soit pour réaliser des inventaires naturalistes. Le reste de l’année est davantage consacré au suivi administratif des MAEC, à la préparation des campagnes, aux réunions ou encore aux urgences du quotidien.
La plus grande partie de mon travail consiste à accompagner les agriculteurs dans la mise en place des Mesures Agro-Environnementales et Climatiques. Je leur propose des pratiques favorables à la biodiversité, comme une fauche plus tardive des prairies, en contrepartie d’un soutien financier dans le cadre de la Politique Agricole Commune.
Ce travail demande beaucoup de rigueur administrative : je prépare les dossiers, monte les demandes de financement et assure leur suivi. Mais ce que j’apprécie tout autant, c’est l’autre facette de mon métier : aller sur les exploitations, échanger avec les agriculteurs, comprendre leurs pratiques, réaliser un diagnostic de leur ferme et construire avec eux des solutions adaptées. En quelque sorte, je fais le lien entre l’Europe, la Région Grand Est et les agriculteurs.
En parallèle, je suis très investie dans la préservation des prairies. Je réalise notamment le recensement des prairies remarquables du territoire, reconnues pour leur richesse faunistique et en floristique. Je participe également aux Plans Herbe en Meuse et en Moselle, où j’accompagne les communautés de communes en apportant l’expertise du Parc sur la préservation des prairies et de l’élevage.
Je mène aussi des inventaires entomologiques consacrés aux pollinisateurs sauvages et aux auxiliaires de cultures.
Comment se construit le lien entre les agriculteurs et le Parc naturel régional de Lorraine ?
Les contrats MAEC durent cinq ans. Je rencontre les agriculteurs et agricultrices une première fois pour construire leur engagement, puis je reste disponible tout au long du contrat pour répondre à leurs questions ou les accompagner dans leurs démarches.
Tout repose sur le dialogue.
Je suis beaucoup dans l’écoute et le compromis. Certains exploitants sont parfois hésitants au départ, mais lorsqu’on prend le temps d’échanger, de comprendre les contraintes de chacun et de construire ensemble des solutions, cela fonctionne très bien. Les MAEC reposent sur une démarche volontaire : chacun est libre de s’engager ou non.
Comment s’est passée ton arrivée au Parc ?
Un chargé de mission occupait ce poste avant moi. Il existait déjà un réseau d’agriculteurs, même si j’ai dû en rencontrer beaucoup d’autres.
Les MAEC sont présentes au Parc naturel régional de Lorraine depuis les années 1990. Certains agriculteurs connaissent donc très bien le dispositif, tandis que d’autres choisissent de ne pas renouveler leur contrat ou, au contraire, sont très enthousiastes à l’idée de s’engager.
J’ai repris la mission sur les chapeaux de roue et je suis assez fière du travail accompli jusqu’à présent.
Travailles-tu seule sur ces sujets ?
Je suis la seule à porter ces missions, mais je travaille en permanence avec de nombreux collègues.
J’échange notamment avec Hugo et Sophie sur les questions liées aux prairies, avec les chargés de mission Natura 2000 ou encore avec Nicolas sur les sujets de biodiversité. Même si chacun a son domaine d’expertise, nous nous appuyons beaucoup les uns sur les autres.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ?
Ce que j’aime le plus, c’est la rencontre avec les agriculteurs.
Je découvre des exploitations très différentes, des façons de travailler, des parcours de vie. Certaines personnes, je les retrouve plusieurs fois au fil des années. Ces échanges créent de vrais souvenirs.
Travailler dans un Parc, c’est aussi s’ancrer dans un territoire. On découvre une région, ses paysages, ses habitants, ses élus… et progressivement, on en fait soi-même partie. J’aime beaucoup cette proximité avec le terrain et l’autonomie dont je dispose pour organiser mon travail.
Une rencontre qui t’a particulièrement marquée ?
Il y en a plusieurs.
Je pense notamment au maire de Dommartin-la-Chaussée, qui porte un remarquable projet de création de prairies. C’est une personne passionnée qui m’a beaucoup marquée.
Je me souviens aussi d’un diagnostic MAEC réalisé chez un éleveur de chevaux, qui m’a présenté un poulain né quelques heures auparavant.
Mais l’anecdote qui résume peut-être le mieux mon métier concerne un couple d’agriculteurs confronté à des difficultés administratives importantes. Je suis arrivée avec quelques chouquettes, nous avons partagé un café et passé tout un après-midi à reprendre leur dossier, point par point. Les voir repartir soulagés m’a rappelé que notre métier est aussi un métier d’écoute et d’accompagnement humain.
Quels sont les grands enjeux pour les prairies et l’agriculture en Lorraine ?
Chaque année, nous perdons des surfaces de prairies permanentes au profit des cultures ou de l’artificialisation. Dans les prairies restantes, la diversité floristique diminue parfois sous l’effet de pratiques plus intensives.
Or, lorsqu’il n’y a plus de fleurs, il y a moins d’insectes, puis toute une chaîne du vivant qui s’appauvrit.
L’enjeu est donc de préserver ces prairies, mais aussi de maintenir les pratiques agricoles qui permettent leur richesse écologique.
Il est également indispensable de soutenir l’élevage à l’herbe. Les troupeaux qui pâturent participent directement à la préservation des prairies et des paysages.
Enfin, j’aimerais que l’on comprenne davantage que le Parc n’est pas là pour contraindre les agriculteurs. L’écologie et l’agriculture ne s’opposent pas. Au contraire, elles peuvent avancer dans la même direction. Nous avons besoin de l’agriculture pour préserver les prairies, les paysages et la biodiversité.
“Avant mes études, je ne connaissais pas du tout la Lorraine. J’avais surtout vécu dans des territoires de moyenne montagne et, au départ, les paysages de plaine ne m’attiraient pas particulièrement.
Finalement, cette région a été une très belle surprise. Il faut parfois prendre le temps de la découvrir, mais elle révèle une incroyable diversité.
J’aime beaucoup les Côtes de Meuse, où l’on retrouve tout ce qui fait le charme des paysages lorrains : les villages, les vergers, les coteaux viticoles, les prairies, les forêts… C’est un territoire remarquable, autant pour son patrimoine que pour sa biodiversité.
J’apprécie également la Forêt de la Reine, un site Natura 2000 qui abrite de magnifiques prairies bocagères où fleurissent notamment la succise et la knautie. Ce sont des espaces précieux, riches de vie, qui illustrent parfaitement ce que nous cherchons à préserver au quotidien”.
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