“Relier les milieux naturels pour préserver la biodiversité”
Préserver, planter et laisser se développer des arbres est une solution simple et accessible à tous pour favoriser les continuités écologiques. Lucille est devenue une véritable ambassadrice de l’arbre champêtre !
Lucille, quel est ton parcours avant d’arriver au Parc naturel régional de Lorraine ?
J’ai travaillé pendant deux ans au sein de l’association de protection de l’environnement Neomys. J’y étais chargée d’animer et de développer un parcours pédagogique en forêt de Haye consacré à la biodiversité et à la domestication des animaux. J’ai ensuite effectué une mission de quelques mois dans un bureau d’études naturaliste avant de rejoindre le Parc naturel régional de Lorraine.
Pourquoi avoir rejoint le Parc naturel régional de Lorraine ?
J’avais déjà eu l’occasion de découvrir le Parc lors d’un stage réalisé en 2004, pendant mes études, dans le cadre de l’Atlas communal de Lagarde, l’ancêtre des Atlas de la biodiversité communale (ABC). J’en gardais un excellent souvenir : les stagiaires y étaient très bien accueillis, l’ambiance de travail était conviviale et les missions portées par les Parcs naturels régionaux correspondaient parfaitement à ce que je recherchais.
Lorsque mon contrat à l’association Neomys est arrivé à son terme, j’ai appris que des postes se libéraient au sein de la mission biodiversité. Je n’ai pas hésité une seconde à postuler ! J’ai été recrutée en 2008 comme chargée de mission « Modernisation des ZNIEFF et des ENS ». Puis, à partir de 2011-2012, j’ai pris en charge la mission « Trame verte et bleue », aujourd’hui devenue la préservation et la gestion des réseaux écologiques.
En quoi consiste ton poste de chargée de mission Préservation et gestion des réseaux écologiques ?
Mon rôle consiste à mettre en œuvre et à promouvoir des actions en faveur de la Trame verte et bleue sur l’ensemble du territoire du Parc, en lien avec les communes, les intercommunalités et les nombreux partenaires techniques. Ces actions s’appuient sur les enjeux identifiés et cartographiés dans la Charte 2015-2030 du Parc.
Le plus gros de mon travail concerne aujourd’hui la Trame verte, tandis que ma collègue Aurélie est davantage spécialisée sur la Trame bleue, liée aux milieux aquatiques. J’interviens néanmoins sur la Trame verte et bleue dans son ensemble, notamment en lien avec les documents de planification et d’urbanisme, aux côtés du pôle Aménagement du territoire, afin d’intégrer les enjeux écologiques dans les projets dès leur conception.
Au quotidien, j’accompagne les collectivités (communes, communautés de communes), les agriculteurs ou encore les porteurs de projets d’aménagement dans la mise en œuvre d’actions concrètes en faveur de la biodiversité : restauration de milieux naturels, plantation de haies, renaturation ou création de corridors écologiques.
Je travaille en synergie avec les associations de protection de la nature et leurs bénévoles, comme l’association Haies, qui organise des chantiers participatifs de plantation. Ces partenariats sont essentiels, car ils permettent de mobiliser les acteurs locaux autour de projets concrets et collectifs qui renforcent les réseaux écologiques du territoire.
Mon rôle est finalement d’apporter un accompagnement technique, de créer du lien entre les acteurs et de faire émerger des projets qui concilient les besoins du territoire avec la préservation de la biodiversité.
Quels sont les principaux enjeux auxquels tu es confrontée ?
Le principal enjeu est sans doute l’érosion de la biodiversité, en particulier dans les espaces agricoles. Au fil des années, l’intensification des pratiques a entraîné la disparition de nombreux éléments naturels, comme les haies, les prairies ou les mares, qui sont pourtant essentiels au déplacement et à la survie de nombreuses espèces.
L’objectif est donc de concilier les activités agricoles, indispensables au territoire, avec la préservation des continuités écologiques. Cela passe par un travail de sensibilisation, d’accompagnement et de mise en œuvre de solutions concrètes qui répondent à la fois aux enjeux environnementaux et aux réalités du terrain.
Les “réseaux écologiques”, c’est une notion qui peut sembler abstraite. Comment l’expliquerais-tu simplement ?
On peut imaginer les réseaux écologiques comme un véritable maillage du territoire. Les animaux et les plantes ne vivent pas dans un seul endroit : ils ont besoin de se déplacer pour se nourrir, se reproduire, hiverner ou encore coloniser de nouveaux espaces. Les espèces ne sont pas toutes en capacité de traverser tout type de milieux naturels, agricoles ou de s’aventurer au travers des infrastructures humaines. Pour cela, les milieux naturels doivent être reliés entre eux par des corridors écologiques, comme des haies, des cours d’eau, des prairies ou encore des lisières forestières, qui leur permettent de circuler.
Cette continuité entre les habitats est essentielle. Elle favorise les déplacements des espèces, les échanges génétiques entre les populations et renforce leur capacité à s’adapter aux changements, notamment face au dérèglement climatique. Préserver ces réseaux écologiques, c’est donc préserver le bon fonctionnement de la biodiversité à l’échelle de tout un territoire.
Quels projets occupent actuellement ton quotidien et qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ?
En ce moment, je travaille principalement à la mise en place d’un partenariat autour de la Trame verte et bleue, réunissant les collectivités, les associations et les différents acteurs du territoire. L’objectif est de mieux coordonner et mutualiser les actions en faveur des continuités écologiques afin de gagner en efficacité et de construire une véritable dynamique collective.
Il vise à soutenir des initiatives portées par des collectifs d’acteurs.
Ce que j’aime le plus dans mon métier c’est de construire des choses positives avec les gens sur le terrain.
Y a-t-il un endroit du Parc où l’on peut “voir” un réseau écologique fonctionner ?
La vallée de la Meuse est sans doute l’un des meilleurs exemples. Le fleuve, les prairies alluviales, les ripisylves (les boisements qui bordent les cours d’eau) et les annexes hydrauliques forment un vaste ensemble de milieux connectés qui permet à de nombreuses espèces de circuler, de se nourrir et de se reproduire.
Bien sûr, ces continuités restent fragiles. Certaines espèces, notamment celles qui dépendent de milieux ouverts et ensoleillés, peuvent voir leurs déplacements freinés lorsque les espaces s’enfrichent progressivement. À l’inverse, des éléments comme les haies, les bosquets ou les îlots de sénescence en forêt jouent le rôle de « pas japonais », en offrant des étapes successives qui permettent aux espèces de se déplacer à travers le paysage. C’est tout l’enjeu des réseaux écologiques : maintenir ou restaurer ces connexions indispensables à la biodiversité.
“J’aime beaucoup la presqu’île de Tarquimpol, que j’ai redécouverte récemment en venant travailler à l’antenne Est du Parc. Le paysage que l’on découvre en arrivant au village est vraiment époustouflant ! Ce petit coin de l’étang de Lindre offre un cadre exceptionnel, où les oiseaux sont omniprésents et viennent rythmer les journées. C’est un lieu qui illustre parfaitement la richesse des paysages et de la biodiversité du Parc.
J’ai aussi un attachement particulier pour les prairies, notamment des secteurs comme Troyon ou Norroy-lès-Pont-à-Mousson, où l’on trouve de très beaux ensembles de prairies et de forêts. Ce sont des milieux que j’apprécie beaucoup, même si je suis aujourd’hui moins souvent sur le terrain qu’au début de mon parcours. Ces espaces ouverts, riches en biodiversité, sont pour moi des paysages emblématiques du Parc.“
Maison du Parc
1 rue du Quai
CS 80 035
54702 Pont-à-Mousson Cedex
Antenne Est
Rue du Théâtre
57260 Tarquimpol