Arrivé au Parc naturel régional de Lorraine en 1998, Jean-Marc a d’abord travaillé au service éducation à l’environnement avant de se spécialiser dans les enjeux énergétiques. Aujourd’hui chargé de mission Énergies au sein du Pôle Aménagement durable du territoire, il accompagne les collectivités dans leur transition énergétique, entre maîtrise des consommations, développement des énergies renouvelables et adaptation au changement climatique.
Jean-Marc, peux-tu nous présenter ton parcours au Parc en quelques mots ?
Géographe de formation, je suis arrivé en 1998 comme objecteur de conscience, puis j’ai poursuivi mon parcours sur des missions d’éducation à l’environnement. En 2007, un poste de chargé de mission Énergie a été créé. La thématique m’intéressait beaucoup, j’ai candidaté et j’ai obtenu le poste.
Cette période correspondait à l’émergence des questions énergie-climat dans les Parcs naturels régionaux. Les premiers Plans Climat se mettaient en place, portés notamment par la Région et l’ADEME. C’était une thématique encore pionnière, que nous avons contribué à développer au sein du Parc de Lorraine
En quoi consiste concrètement ton métier aujourd’hui ?
Mon métier s’articule autour de deux grands volets.
Le premier concerne la maîtrise de l’énergie : réduire les consommations, améliorer l’efficacité énergétique et accompagner la rénovation des bâtiments, notamment ceux des collectivités.
Le deuxième volet concerne l’accompagnement du développement des énergies renouvelables sur le territoire. Aujourd’hui, nous suivons de nombreux projets afin de favoriser leur développement tout en veillant à préserver la biodiversité, les milieux naturels et les paysages.
Le rôle du Parc n’est pas d’empêcher les projets, mais de contribuer à ce qu’ils soient construits de manière cohérente avec les enjeux d’un territoire qui fait l’objet d’un classement pour la qualité de ses paysages et ses milieux naturels.
Comment travailles-tu avec les autres chargés de mission du Parc sur les projets d’énergies renouvelables ?
Les avis sont coordonnés avec une grille d’analyse commune. Ensuite, chacun intervient selon son domaine de compétence : énergie, biodiversité, paysage… Chacun apporte son expertise pour construire une analyse globale.
Pour accompagner les projets, nous avons également identifié différents niveaux de sensibilité sur le territoire. Certaines zones présentent une très forte richesse écologique ou paysagère et ne sont pas favorables aux projets. D’autres peuvent accueillir des installations sous certaines conditions. Enfin, certains secteurs sont davantage propices.
L’objectif est de travailler en toute transparence et de permettre à chacun d’avoir accès aux informations nécessaires.
Quels sont aujourd’hui les grands défis énergétiques auxquels sont confrontées les collectivités et les habitants ?
Les crises récentes, comme la guerre en Ukraine, ont rappelé notre dépendance énergétique. Elles ont renforcé la nécessité de développer des productions locales d’énergie.
Depuis le milieu des années 2000, les énergies renouvelables se développent fortement. Après un premier essor du solaire et de l’éolien, nous connaissons aujourd’hui une nouvelle dynamique avec de nombreux projets, notamment autour de la méthanisation et de l’agrivoltaïsme.
L’agrivoltaïsme consiste à installer des panneaux photovoltaïques sur des terres agricoles. Ces projets soulèvent des questions importantes : préservation des paysages, maintien de la vocation agricole des terres, intégration dans les exploitations…
Il faut trouver le bon équilibre. L’objectif n’est pas de remplacer l’agriculture par la production d’énergie, mais d’accompagner des projets qui peuvent parfois apporter aussi des solutions aux exploitants, notamment en diversifiant leurs revenus.
Tu travailles également sur la valorisation de matériaux locaux. Peux-tu nous en parler ?
En Lorraine, nous avons souhaité valoriser des ressources présentes sur notre territoire pour développer des solutions d’isolation locales.
Depuis 2016, nous travaillons notamment sur la filière laine de mouton. Cette démarche a abouti en 2021 à la création de la coopérative MOS-Laine, dont le Parc est membre fondateur. L’objectif est de créer une filière locale de valorisation de la laine produite dans les quatre départements lorrains.
L’isolant produit sera destiné aux professionnels comme aux particuliers. La laine permet également de fabriquer du feutre, qui possède de nombreuses applications : isolation acoustique, textile, automobile, aéronautique ou encore transports.
Nous travaillons également sur d’autres matériaux biosourcés, comme l’association du roseau et de la terre, en lien avec des architectes et des centres de formation spécialisés dans l’écoconstruction.
Le rôle d’un Parc naturel régional est souvent d’être précurseur : expérimenter, accompagner et démontrer que de nouvelles solutions sont possibles, tout en restant attentif à ne pas créer de nouveaux impacts sur les milieux.
Quels seront selon toi les grands défis énergétiques et climatiques de demain ?
La transition énergétique ne concerne pas uniquement l’énergie. Elle touche tous les secteurs : la santé humaine, le bâtiment, l’agriculture, la forêt…
L’adaptation au changement climatique sera, selon moi, le grand chantier des quinze prochaines années.
Nous devons déjà réfléchir aux essences forestières de demain, aux cultures qui pourront s’adapter, ou encore à la manière dont nous allons faire évoluer nos bâtiments.
Il faut également être attentif aux phénomènes de maladaptation. Par exemple, sur les maisons anciennes en pierre, certaines solutions d’isolation peuvent être inadaptées et provoquer des problèmes d’humidité. Ces bâtiments fonctionnent avec leurs propres caractéristiques qu’il faut respecter.
Nous allons devoir imaginer les territoires de demain, car les évolutions climatiques sont déjà visibles. Le retrait-gonflement des argiles en est un exemple : des collectivités et des habitants constatent aujourd’hui les conséquences de ces phénomènes sur les bâtiments.
Parmi les projets que tu as accompagné, y en a-t-il un dont tu es particulièrement fier ?
Je retiendrais le projet de coopérative villageoise Solyron, accompagnée par le Parc. Elle montre que la transition énergétique peut être concrète et accessible à tous.
Les habitants peuvent participer de différentes façons : en mettant leur toiture à disposition pour installer des panneaux photovoltaïques ou en devenant simplement coopérateur, même avec une participation symbolique.
Au-delà des projets eux-mêmes, ce qui m’a le plus marqué dans mon parcours, ce sont les rencontres. J’ai eu la chance de travailler avec des personnes formidables et de continuer à apprendre chaque jour.
« J’ai une affection particulière pour le Pays des étangs, notamment en automne. Les ambiances, la brume, les couleurs des paysages… notamment autour de Réchicourt-le-Château ou Languimberg, donnent une atmosphère très particulière au territoire.
J’aime aussi beaucoup les Côtes de Toul et notamment Lucey où j’ai passé beaucoup de temps lorsque je travaillais en éducation à l’environnement, notamment lors des vendanges pédagogiques. Ce sont des lieux qui me rappellent beaucoup de bons souvenirs. »
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