Des métiers au service du territoire

Entretien avec Léa Maitrejean

chargée de mission bois & forêt

La forêt est au cœur de nombreux enjeux pour le territoire. Depuis mars 2025, Léa accompagne les acteurs de la filière bois et contribue à mieux comprendre l’évolution des forêts du Parc. Entre travail de terrain, concertation et observation, elle nous emmène à la découverte d’un métier où il faut sans cesse faire le lien entre les hommes, les arbres et les multiples usages de la forêt.

Léa Maîtrejean forêt
© Didier Protin

Léa, peux-tu nous présenter ton parcours universitaire avant ton arrivée au Parc  ?

J’ai suivi un master « Bois, forêt et développement durable » à Nancy. Cette formation assez généraliste permet d’aborder la forêt aussi bien sous l’angle de sa gestion que de la filière bois.

Mon intérêt pour la forêt est venu progressivement. À la fin de ma licence, j’ai réalisé un stage bénévole à l’ONF. Je souhaitais initialement m’orienter vers l’écologie, mais cette expérience m’a donné envie de mieux comprendre le monde forestier. J’ai ensuite choisi de poursuivre dans cette voie.

Après mes études, j’ai découvert l’offre du Parc naturel régional de Lorraine. Ce qui m’a particulièrement attirée, c’est la possibilité de travailler sur l’ensemble de la filière, de la forêt jusqu’aux acteurs économiques, tout en prenant en compte les enjeux environnementaux et territoriaux. C’est mon premier poste professionnel et j’ai rejoint le Parc en mars 2025.

D’où vient ton intérêt pour la forêt et le monde du bois ?

Il s’est vraiment construit au fil de mes expériences. Mon stage à l’ONF m’a permis de découvrir concrètement le terrain et de comprendre que j’aimais cette combinaison entre observation, travail de terrain et analyse.

Lors d’un autre stage en laboratoire de recherche, j’ai notamment travaillé sur différents outils permettant d’estimer l’ouverture de la canopée forestière. J’ai apprécié le fait de partir du terrain, d’analyser ensuite les résultats et surtout de chercher à produire des connaissances utiles. Cette envie de comprendre le fonctionnement de la forêt, mais aussi la manière dont toute la filière s’organise, m’a naturellement conduite vers mon poste actuel au Parc.

En quoi consiste concrètement ton métier de chargée de mission filière bois et forêt ?

Mes missions sont assez larges. Je travaille notamment à mieux connaître l’état des ressources forestières du territoire et celui de la filière bois : quels acteurs sont présents, quels sont leurs besoins et quels sont les enjeux auxquels ils sont confrontés.

Une grande partie de mon travail consiste aujourd’hui à préparer une stratégie forestière pour le Parc, en lien avec la future Charte. Nous sommes actuellement dans une phase de concertation : je rencontre les différents acteurs du territoire pour recueillir leurs attentes et mieux comprendre leurs réalités. L’objectif est que la future stratégie parte véritablement des besoins du territoire.

 

Ta mission intervient à la fois sur la forêt et sur la filière bois. Comment ces deux dimensions se complètent-elles ?

La forêt constitue l’amont de la filière bois : il est donc difficile de penser l’un sans l’autre. Mon rôle consiste justement à avoir une vision d’ensemble, depuis les ressources forestières jusqu’aux acteurs qui travaillent le bois.

Cela permet aussi de faire dialoguer des acteurs qui n’ont pas toujours l’habitude de travailler ensemble et de mieux prendre en compte les différentes dimensions de la forêt : économiques, environnementales et sociales.

Quels sont les acteurs avec lesquels tu travailles au quotidien ?

Je travaille avec des acteurs très variés, de l’amont à l’aval de la filière : l’ONF, le CNPF, les groupements forestiers, les entreprises, les interprofessions comme Fibois, mais aussi des associations, des chercheurs et des acteurs du monde naturaliste.

Je travaille également beaucoup en interne avec le pôle biodiversité, notamment avec les équipes Natura 2000, puisque les enjeux forestiers sont étroitement liés à ceux de la biodiversité. C’est cette diversité d’interlocuteurs qui rend le métier particulièrement intéressant.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels nos forêts doivent faire face ?

Les changements globaux liés au dérèglement climatique, à la pollution, aux espèces invasives… ont de nombreuses conséquences sur les forêts : dépérissement des arbres, difficultés d’adaptation de certaines essences, risques sanitaires et augmentation du risque d’incendie.

L’une des grandes difficultés est la rapidité de ces changements. Les arbres ont des capacités d’adaptation, mais ils évoluent beaucoup plus lentement que les conditions climatiques ne changent.

Le risque d’incendie est également un enjeu qui prend de l’importance. Même si les forêts du territoire, majoritairement composées de feuillus, le risque existe et doit être anticipé.

Et face à ces enjeux, comment le Parc peut-il agir concrètement ?

Le Parc peut d’abord agir en améliorant la connaissance des forêts et de leur évolution. Les suivis réalisés sur le terrain permettent par exemple d’observer les arbres vivants, la régénération, le bois mort et l’évolution des peuplements.

Mais son rôle est aussi d’accompagner le territoire et de faire dialoguer les acteurs. La future stratégie forestière doit justement permettre de mieux prendre en compte l’ensemble des enjeux et de construire une vision partagée.

Enfin, le Parc a un rôle important à jouer en matière de sensibilisation et d’information. Face à l’évolution du risque incendie notamment, il devient nécessaire de développer une véritable culture du risque et d’expliquer les bons comportements à adopter en forêt.

La forêt lorraine est-elle bien connue des habitants ? Qu’aimerais-tu leur faire découvrir ou mieux comprendre ?

La forêt occupe une place très importante dans le Grand Est et nous avons l’habitude d’en profiter : pour nous promener, nous ressourcer ou simplement parce qu’elle fait partie de nos paysages. Mais les changements actuels pourraient modifier certaines de nos habitudes.

Il me semble donc important de mieux faire comprendre les enjeux auxquels les forêts sont confrontées et les raisons de certaines évolutions ou restrictions. L’objectif n’est pas d’inquiéter, mais de permettre à chacun de mieux comprendre ce qui se passe et d’adopter les bons comportements.

Tu réalises également des suivis scientifiques sur le terrain. Peux-tu nous expliquer ce que tu observes ?

Dans le cadre du programme LIFE Biodiv’Est, nous mettons en place des placettes permanentes dans certaines forêts, notamment sur des sites Natura 2000. Sur ces placettes, nous mesurons différents paramètres : le diamètre des arbres, leur évolution, la régénération, mais aussi la quantité de bois mort.

Ces observations permettent de suivre dans le temps l’évolution des forêts et de mieux comprendre leur fonctionnement. C’est un travail très concret, qui combine terrain et analyse des données.

Si tu devais passer un message important à quelqu’un qui pense « bien connaître » la forêt, ce serait quoi ?

Je lui dirais probablement que la forêt est un milieu vivant qui évolue en permanence. Elle n’est pas figée : les arbres grandissent, se régénèrent, dépérissent, le bois mort joue un rôle, les peuplements évoluent et les changements climatiques viennent aujourd’hui accélérer certaines transformations.

Il faut aussi garder en tête que la forêt peut présenter des risques, notamment lorsque des arbres ou des branches dépérissent. En période de vent, il est donc important de rester sur les chemins et de respecter les éventuelles restrictions d’accès.

Ton coup de cœur forestier sur le Parc

« J’aime particulièrement deux forêts du Parc : la forêt de la Reine et la forêt du Romersberg.

La forêt de la Reine en Meurthe-et-Moselle est une forêt humide, ponctuée de magnifiques grands étangs. Elle est davantage fréquentée par les habitants des villages riverains qui viennent s’y promener.

La forêt du Romersberg en Moselle est également une forêt humide, mais avec une ambiance différente. Elle est plus diversifiée et plus sauvage avec avec un fort intérêt écologique notamment pour l’avifaune.

Ces deux forêts montrent finalement la diversité des paysages et des usages que l’on peut rencontrer dans les forêts du Parc ».  

© Stéphane Corbeil
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