« Mieux connaître la biodiversité, c’est déjà mieux la protéger. »
Depuis 2025, Nicolas a rejoint l’équipe du Parc naturel régional de Lorraine comme chargé de mission Atlas de la Biodiversité Communale (ABC). Son quotidien ? Mieux connaître la biodiversité des communes, coordonner les inventaires naturalistes et accompagner les acteurs du territoire pour faire de cette connaissance un véritable outil d’action.
Nicolas, peux-tu nous présenter ton parcours et ce qui t’a amené au Parc naturel régional de Lorraine ?
Je suis originaire de Saintes, en Charente-Maritime. Je viens d’une famille qui n’est pas du tout dans le domaine de l’environnement, mais j’ai toujours été intéressé par le vivant qui m’entourait.
Après un bac scientifique, je me suis orienté vers des études de biologie, avec au départ l’idée de devenir éthologue, c’est-à-dire d’étudier le comportement des animaux. Finalement, le monde de la recherche ne m’a pas vraiment plu. J’ai quand même poursuivi dans cette voie et obtenu un master professionnel en écologie, spécialisé en génie écologique, à l’Université de Poitiers.
L’idée était déjà de faire un métier proche de celui que j’exerce aujourd’hui : travailler sur la préservation et la gestion de l’environnement, avec les différents acteurs du territoire et avec une dimension scientifique importante.
Pendant mon parcours, j’ai aussi beaucoup travaillé avec des associations et avec l’OFB, notamment dans le cadre de missions bénévoles.
Après mon master, je suis arrivé au Luxembourg, où j’ai travaillé dans un bureau d’études. Je réalisais notamment des études d’impact environnemental pour des projets éoliens et photovoltaïques, ainsi que différents projets d’aménagement du territoire.
C’est finalement une offre d’emploi du Parc naturel régional de Lorraine qui m’a donné envie de postuler. Et me voilà au Parc depuis 2025 !
Qu’est-ce qui t’a particulièrement attiré dans le territoire lorrain ?
La biodiversité lorraine est vraiment intéressante parce qu’elle est différente de celle que je connaissais en Charente-Maritime.
En Charente, on est dans un contexte atlantique, avec des mares salées, des plages, des dunes, des forêts de pins et de chênes verts. On y trouve donc des espèces très liées à ces milieux.
En Lorraine, on est à la croisée de plusieurs influences climatiques : continentale, septentrionale, montagnarde et atlantique.
On se retrouve donc au milieu de ces différentes influences, avec énormément d’espèces différentes, inféodées à des milieux eux-mêmes très variés.
Le territoire du Parc est aussi très rural, avec une grande diversité de paysages et de milieux naturels : des Côtes de Meuse aux vallées de la Seille et de la Moselle, en passant par les plateaux, les plaines humides, les étangs et les forêts.
C’est donc un territoire particulièrement intéressant pour un naturaliste.
Peux-tu nous expliquer ton métier au Parc ?
Je travaille principalement sur deux projets : les Atlas de la biodiversité communale, les ABC, et les Portraits de la biodiversité communale, les PBC.
Mon rôle est en grande partie un rôle de coordination. Au Parc, nous ne sommes pas un bureau d’études : on travaille avec les différents acteurs du territoire, les associations naturalistes, les communes, les partenaires institutionnels…
L’idée est vraiment de travailler collectivement.
Commençons par les ABC. Qu’est-ce qu’un Atlas de la biodiversité communale ?
C’est un programme qui a été créé au niveau national en 2010 par le ministère de l’Environnement, puis repris en 2019 par l’Office français de la biodiversité, l’OFB.
Son objectif est de mettre en lumière le patrimoine naturel d’une commune : sa faune, sa flore et ses habitats naturels.
On obtient ainsi une véritable photographie de la biodiversité de la commune, qui permet ensuite de mieux prendre en compte ces enjeux dans les projets locaux.
Mais l’histoire des ABC a commencé bien plus tôt en Lorraine, non ?
Oui, et c’est une particularité importante du Parc ! Le programme national s’est notamment inspiré d’un travail qui avait été lancé ici, au Parc naturel régional de Lorraine.
Dès 1993, le Parc avait créé son propre programme pour mieux connaître son territoire. Il a été mené jusqu’en 2014, soit pendant plus de vingt ans.
Au total, 191 ABC ont été réalisés.
Le Parc a donc été précurseur dans cette démarche et a également participé, par la suite, à la réflexion autour de la méthode nationale.
C’est une fierté de reprendre les premiers ABC réalisés par le Parc et de comparer l’évolution de la biodiversité sur près de trente ans.
Cela nous donne une connaissance précieuse du territoire pour mieux comprendre son évolution et réfléchir aux actions à mettre en place demain.
Concrètement, comment réalise-t-on un ABC ?
La première étape consiste à faire un état des lieux des connaissances existantes.
On rassemble tout ce qui existe déjà : les études, les données naturalistes, les inventaires réalisés précédemment, les observations…
Ensuite, on établit un plan de prospection pour identifier ce que l’on connaît moins bien et les secteurs ou espèces sur lesquels il faut concentrer les recherches.
On met alors en place les inventaires de terrain sur la faune, la flore et les habitats naturels.
Qui réalise ces inventaires ?
Les communes peuvent faire appel à des naturalistes, à des associations locales ou à des structures spécialisées.
Selon les secteurs et les espèces recherchées, nous travaillons avec différents partenaires et associations naturalistes.
Les habitants peuvent donc eux aussi contribuer à l’ABC ?
Oui, et c’est même important. Un ABC ne doit pas être uniquement une démarche scientifique. Il y a aussi tout un volet de sensibilisation et de mobilisation des habitants. Des animations peuvent être organisées avec les écoles, les associations ou le grand public. Les habitants peuvent également partager leurs observations et participer à certains inventaires participatifs.
L’intérêt est aussi de pouvoir s’appuyer sur les observations et les programmes naturalistes déjà existants. Toutes ces connaissances peuvent venir enrichir l’ABC.
Et une fois tous ces inventaires réalisés, que fait-on de ces données ?
On les analyse pour comprendre comment la biodiversité est répartie sur le territoire, quels sont les secteurs les plus intéressants et quels sont les enjeux à prendre en compte.
Les résultats sont ensuite présentés sous forme de cartes et rassemblés dans un rapport qui sera remis à la commune. Mais l’objectif n’est pas de s’arrêter là : les connaissances acquises doivent pouvoir être utilisées par la commune.
Aujourd’hui, la méthode a évolué avec l’ajout d’un plan d’action.
À quoi sert ce plan d’action ?
Le plan d’action permet de passer de la connaissance à l’action. Il peut proposer des pistes pour préserver certains milieux, restaurer des habitats ou encore mieux prendre en compte la biodiversité dans les projets d’aménagement.
C’est une évolution importante de la démarche, puisque les premiers ABC ne comportaient pas forcément ce volet opérationnel.
Ces actions sont-elles obligatoires pour les communes ?
Non, ce sont des pistes. Il n’y a pas d’obligation de mise en œuvre. En revanche, les connaissances produites par les ABC peuvent être très utiles pour l’aménagement du territoire.
Tu travailles aujourd’hui à la réactualisation des anciens ABC. Pourquoi est-ce particulièrement intéressant ?
C’est l’un des aspects les plus intéressants du projet actuel.
Les premiers ABC réalisés par le Parc remontent à près de trente ans. Nous allons donc pouvoir comparer les données historiques avec les connaissances actuelles.
Cela va permettre d’ observer comment les communes et leurs milieux naturels ont évolué.
C’est d’ailleurs une démarche assez particulière puisque nous sommes en train de réaliser la première réactualisation d’ABC en France.
Qu’est-ce que cette comparaison va permettre de comprendre ?
Nous allons notamment pouvoir produire des cartographies comparatives « avant-après » et mieux comprendre l’évolution de la biodiversité et des paysages sur une période de près de trente ans.
C’est particulièrement intéressant dans le contexte de la révision de la Charte du Parc, parce que ces connaissances peuvent contribuer à réfléchir aux enjeux du territoire pour les prochaines années.
Quel est aujourd’hui le principal défi pour les ABC ?
Le principal défi, c’est de réussir à mobiliser les communes et les habitants.
On peut avoir toutes les connaissances scientifiques nécessaires, mais si elles ne sont pas partagées et utilisées localement, elles perdent une partie de leur intérêt.
Il faut donc aller vers les communes, organiser des temps de restitution, présenter les résultats aux élus et au grand public et montrer que le Parc est présent sur le territoire.
L’objectif est aussi de rappeler que le Parc ne se limite pas à intervenir lorsqu’il doit donner un avis sur un projet d’aménagement : il est là pour accompagner les communes et travailler avec elles sur la connaissance et la préservation de leur patrimoine naturel.
Tu travailles également sur les PBC. De quoi s’agit-il ?
C’est en quelque sorte un “mini-Atlas de la biodiversité communale“.
Les PBC sont réalisés sur les “communes associées” au territoire Parc. L’objectif est d’avoir un premier état des lieux de leur biodiversité avant leur éventuelle intégration dans la prochaine charte.
On dispose ainsi d’une cartographie de la commune et des espèces qui y ont été observées, notamment les espèces protégées.
Cela permet ensuite d’identifier différentes pistes d’action : restauration de milieux naturels, création d’habitats, aménagement du territoire, trame verte et bleue…
Ces PBC peuvent-ils aussi être utiles pour faire découvrir les communes autrement ?
Oui, tout à fait. Non seulement les résultats peuvent alimenter des projets de restauration ou d’aménagement, mais aussi contribuer à la sensibilisation et à la découverte du territoire.
On peut par exemple imaginer des liens avec des sentiers de découverte ou d’autres actions permettant aux habitants de mieux connaître leur patrimoine naturel.
Cela peut également intéresser les professionnels du tourisme qui souhaitent faire découvrir à leurs visiteurs ce qui se trouve autour de leur établissement.
Finalement, ton métier est donc aussi beaucoup un métier de coordination ?
Oui, énormément. C’est quelque chose que l’on retrouve finalement dans beaucoup de métiers au Parc : on travaille avec les associations, les communes, les élus, les habitants et différents partenaires.
L’idée n’est pas de tout faire nous-mêmes. Nous sommes là pour travailler en collectif et faire vivre le territoire. Lorsque nous travaillons avec des associations locales ou des structures naturalistes, nous contribuons indirectement à leur activité et donc au développement local.
Quel est aujourd’hui le principal défi pour ces projets ?
L’un des principaux défis, c’est de réussir à mobiliser les communes et les habitants.
Nous pouvons avoir toutes les connaissances scientifiques nécessaires, mais si elles ne sont pas partagées et utilisées localement, elles perdent une partie de leur intérêt.
Il faut donc aller vers les communes, organiser des temps de restitution, présenter les résultats aux élus et aux habitants et surtout faire vivre la démarche dans le temps. Pour les communes classées ou associées au Parc, c’est aussi un véritable atout : elles peuvent s’appuyer sur l’expertise du Parc, son réseau de partenaires et son accompagnement pour transformer ces connaissances en actions concrètes sur leur territoire.
“ À l’Est, c’est vraiment le Pays des Étangs qui me plaît particulièrement, notamment autour de Réchicourt-le-Château, Gondrexange et de l’étang du Stock. J’aime cette succession de forêts et d’étangs, avec cette impression d’être vraiment immergé dans la nature. C’est un secteur très calme, assez sauvage, où l’on a parfois le sentiment d’être au cœur d’un véritable bastion de nature.
À l’Ouest, mon autre coup de cœur, ce sont les Côtes de Meuse. J’aime beaucoup ce paysage qui change complètement au fil des saisons. Au printemps, avec les vergers de mirabelliers en fleurs, c’est magnifique. En hiver, la brume qui reste parfois bloquée dans les vallons donne vraiment l’impression d’être au bout du monde. Et puis, depuis les hauteurs des Côtes de Meuse, on bénéficie de panoramas incroyables sur la plaine. C’est un secteur qui possède également un patrimoine historique très fort, notamment lié à la Première Guerre mondiale, mais aussi des milieux naturels particuliers“.
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