Des métiers au service du territoire

Entretien avec Antoine Bioteau

chargé de mission développement de filières économiques durables

Antoine, peux-tu nous présenter ton parcours universitaire avant ton arrivée au Parc  ?

Je suis ingénieur agronome de formation. J’ai d’abord suivi une formation d’ingénieur horticole à l’Institut national d’horticulture, avant de me spécialiser dans les circuits courts et de proximité, le développement territorial, le développement de filières et l’alimentation durable, à Bordeaux.

Pendant ma césure, j’ai effectué un stage de six mois dans une brasserie artisanale qui travaillait dans une logique d’économie circulaire, notamment en valorisant les drêches pour faire pousser des champignons comestibles. Cette expérience m’a rapproché de la filière brassicole et m’a beaucoup marqué.

Alors, lorsque j’ai découvert l’offre de stage du Parc sur la structuration de la filière brassicole en Lorraine, j’ai immédiatement été intéressé. J’ai rejoint le Parc en février 2024 pour réaliser cette étude de faisabilité et je suis depuis chargé de mission développement de filières économiques durables.

Concrètement, en quoi consiste ton métier ?

Une filière, c’est une chaîne de valeur : dès qu’il y a une production, plusieurs acteurs interviennent, de l’amont à l’aval. Mon rôle est de travailler avec les opérateurs au cœur de cette chaîne et de contribuer à structurer des filières qui soient à la fois économiquement viables et cohérentes avec les enjeux du territoire.

Le travail est forcément collectif. Certains collègues interviennent davantage auprès des producteurs, d’autres sur les débouchés. De mon côté, je suis notamment là pour faire le lien entre les différents acteurs et créer les conditions pour qu’ils puissent travailler ensemble.

Sur quoi travailles-tu exactement ?

Une grande partie de mon tavail est consacrée à Brass’Hop Bio, un projet de coopération transfrontalière avec la Wallonie, le Luxembourg et une partie de l’Allemagne. Le Parc est chef de file du projet et j’en assure la coordination.

Ce projet porte sur la structuration d’une filière brassicole biologique et réunit des instituts techniques, des organismes professionnels et des acteurs de la recherche. Concrètement, le projet est organisé autour de trois grands axes et d’une quinzaine d’actions. Mon rôle est de faire en sorte que tout se déroule conformément au calendrier prévu, de coordonner les différents partenaires et d’adapter le programme lorsque c’est nécessaire.

On est encore au début : c’est un travail qui s’inscrit sur le temps long. Nous sommes encore dans une phase où plusieurs études et expérimentations vont permettre de poser les premières briques de la structuration de la filière.

Mais le projet a déjà permis de mettre en relation des brasseries qui ne se connaissaient pas forcément et de créer des liens entre une malterie et une coopérative pour favoriser des approvisionnements locaux.

Ce sont encore de petites choses, mais elles sont importantes. L’objectif maintenant, c’est de généraliser ces initiatives et de construire quelque chose de plus structuré. On est vraiment en train de poser les premiers jalons.

Antoine Bioteau
© Didier Protin

Y a-t-il d’autres filières sur lesquelles tu travailles ?

Il y a un travail autour de la filière blé, avec des actions sur les variétés, leur adaptation au changement climatique, mais aussi un accompagnement des meuniers et des boulangers pour travailler ces farines.

Mais toutes les filières ne se développent pas au même rythme. Aujourd’hui, la filière bio connaît une période plus compliquée. Cela montre aussi qu’il faut savoir s’adapter au contexte économique : ce n’est pas parce qu’une filière semble intéressante sur le papier que c’est forcément le bon moment pour la développer.

Et changer simplement une variété ne suffit pas. Il faut réfléchir plus largement au mode de production, à l’adaptation au territoire et aux pratiques agricoles qui permettent de préserver l’environnement.

Quand on parle de filière économique dans un Parc, qu’est-ce qui fait la différence ?

La différence, c’est qu’on est sur un projet de territoire.

Les filières peuvent déjà être structurées par des acteurs économiques privés, comme des coopératives ou des entreprises. Dans un Parc, l’objectif est que la filière puisse aussi faire vivre le territoire, que la valeur ajoutée reste autant que possible localement et que l’économie circule entre ses acteurs.

Cette dimension économique va de pair avec notre responsabilité environnementale. L’idée est de construire des filières qui permettent de faire vivre le territoire tout en le préservant.

Comment construit-on une filière à l’échelle d’un territoire ?

Il faut d’abord comprendre ce qui existe, identifier les besoins et écouter les acteurs. Il ne faut pas arriver avec une solution toute faite en disant : « Voilà ce qu’on va faire », alors que ce n’est peut-être pas ce dont ils ont besoin.

Les premières étapes sont donc essentielles pour réunir les acteurs, comprendre leurs attentes et voir où il y a réellement quelque chose à construire. Il faut réussir à embarquer tout le monde dès le départ, sinon la filière risque de ne pas tenir dans le temps.

Qu’est-ce qui fait qu’une filière est durable ?

Pour moi, une filière est durable lorsqu’elle repose sur un projet commun, partagé par l’ensemble des acteurs, et qu’elle permet de rémunérer suffisamment chaque maillon de la chaîne.

Il faut aussi qu’elle soit économiquement viable, qu’elle soit socialement acceptable pour les producteurs comme pour les consommateurs et, bien sûr, qu’elle permette de préserver l’environnement.

La durabilité, c’est donc un équilibre entre ces différentes dimensions. Si l’une d’elles ne fonctionne pas, la filière ne pourra pas tenir dans le temps.

Ton coup de cœur sur le Parc

« J’aime bien Liverdun, qui est une commune associée au Parc. Je fais du vélo et j’aime beaucoup passer par les boucles de la Moselle.

Mais mon vrai coup de cœur, c’est la brasserie La Châouette, à Saizerais. Elle est portée par une équipe qui porte de belles valeurs humaines et qui correspondent vraiment bien à celles des Parcs ».  

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