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Espace documentaire
Mathieu, comment es-tu arrivé au Parc naturel régional de Lorraine ?
Je suis écologue de formation. Mon parcours s’est construit autour des paysages, des espaces naturels et de la manière de les raconter et de les comprendre.
J’ai travaillé pendant près de 15 ans au Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, d’abord comme gestionnaire de sites naturels, puis comme responsable de la muséographie à la Cité des paysages. En parallèle, j’étais aussi référent communication et SIG, ce qui m’a permis de croiser les approches entre terrain, médiation et cartographie.
J’ai ensuite fait un passage dans un établissement public territorial de bassin dédié à la gestion des inondations, où j’occupais les fonctions de chargé de communication et géomaticien.
Je suis arrivé au Parc naturel régional de Lorraine en septembre 2023, avec l’envie de poursuivre ce travail autour des paysages et des transitions écologiques.
Quelles sont tes missions au sein du Parc ?
Ma mission principale concerne le pilotage du projet Interreg Horizont Climatic, qui s’intéresse à l’impact du changement climatique sur les paysages de la Grande Région. Je travaille en lien étroit avec Laure Rihn sur les questions paysagères. Elle met en œuvre une grande partie des actions développées sur le territoire.
C’est un projet très collectif, construit avec 11 partenaires issus de plusieurs territoires : cinq Parcs naturels wallons, une association environnementale luxembourgeoise ainsi que la Réserve de biosphère située à proximité du Parc naturel régional des Vosges du Nord, en Allemagne. Tout se construit à travers des groupes de travail et des échanges d’expériences autour des paysages et des transitions climatiques.
Je suis également en charge de l’inventaire du patrimoine géologique dans le cadre d’un autre projet Interreg intitulé Sous nos pieds, qui a pour objectif de mieux connaître et valoriser la richesse géologique de la Grande Région.
Enfin, j’assure aussi une mission plus transversale autour de la coordination et du suivi de la stratégie informatique du Parc.
Parles-nous plus en détail du projet Horizont Climatic sur lequel tu es investi.
Ce projet nous permet permet de réaliser des actions de sensibilisation (conférences, webinaires, serious games), de développer des outils pédagogiques, de mettre en valeur des sites d’observation du paysage, et de mettre en place un observatoire photographique des paysages. L’idée est d’identifier des paysages du territoire susceptibles d’évoluer avec le changement climatique ou les mutations des usages, puis de les observer dans le temps.
Concrètement, on réalise une première photographie d’un site, puis on revient reprendre exactement le même point de vue tous les ans, tous les trois ans ou tous les cinq ans selon les dynamiques observées. L’objectif est de constituer progressivement un corpus de photographies autour de différents enjeux : urbanisme, énergies renouvelables, évolution des pratiques agricoles, plantations de haies…
La photographie permet de rendre visibles des transformations parfois très discrètes, mais qui deviennent marquantes sur le temps long. Ces images sont ensuite mises en regard de données scientifiques pour mieux comprendre les évolutions du territoire.
Le principal défi, c’est justement de faire vivre cet outil dans la durée. Un projet Interreg dure habituellement quatre ans, mais ici il faudrait au moins vingt ans pour disposer d’un véritable recul. Sans cette continuité, l’observatoire perdrait une grande partie de son intérêt.
Aujourd’hui, un portail web accessible au public permet déjà de découvrir les neuf observatoires développés dans le cadre du projet.
Comment ce projet s’est-il construit ?
Le travail a commencé en interne avec les collègues du Parc afin d’identifier les enjeux paysagers liés au changement climatique dans leurs domaines respectifs : agroforesterie, urbanisme, évolution des entrées de village…
À la suite de cette pré-sélection, deux photographes partenaires du projet proposent des points de vue et réalisent des campagnes de prises de vue au printemps et à l’automne. L’objectif est de constituer, au fil des années, une mémoire vivante des paysages du territoire.
Et parfois, les paysages dont on pense qu’ils évolueront peu sont justement ceux qui révèlent les changements les plus surprenants avec le temps.
En ce qui concerne les webinaires Horizont Climatic, jusque quand vont-ils être proposés ?
Ils seront proposés tout au long du projet. Ils sont pilotés par le collectif Paysages de l’après-pétrole, un des partenaire du projet. Ce collectif rassemble des agronomes, architectes, paysagistes, urbanistes, universitaires et techniciens autour des questions de paysage et de transition.
Ce sont eux qui construisent les programmes et sollicitent les intervenants. Les webinaires sont mensuels et se déroulent sur Zoom, sur inscription préalable, et s’adressent principalement à des professionnels et personnels techniques.
Tu parlais d’un autre projet Interreg que tu suis, quel est ton rôle au sein de celui-ci ?
Sur le projet Sous nos pieds, j’interviens principalement comme personne ressource grâce à mon expérience en géomatique. Mon travail consiste notamment à récolter des données, construire des bases d’informations et réaliser des inventaires autour du patrimoine géologique.
Une première stagiaire avait commencé ce travail avant mon arrivée en répertoriant plusieurs sites, puis nous avons poursuivi avec une seconde stagiaire en mettant en place une méthode d’inventaire plus scientifique et plus rigoureuse, développée par un chercheur suisse. En parallèle, je continue les visites de terrain pour compléter cet état des lieux.
Je travaille également à la réalisation d’une carte géologique vulgarisée à l’échelle de la Grande Région. L’idée est qu’elle puisse être utilisée dans les salles de classe, un peu comme les grandes cartes géographiques que l’on connaissait à l’école.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ?
Ce que j’apprécie le plus, c’est la diversité des missions. Je peux travailler aussi bien sur des questions de paysages, de patrimoine géologique, de cartographie ou encore de stratégie informatique.
J’aime aussi beaucoup le travail avec les partenaires du projet Interreg. On se retrouve dans une équipe assez jeune, avec beaucoup de chargés de mission récemment sortis d’université, très motivés et investis. C’est enrichissant de pouvoir partager mon expérience et mes compétences techniques avec eux.
Après près de vingt ans de métier, c’est quelque chose que je trouve vraiment stimulant et valorisant.
Quelle est ta perception du Parc naturel régional de Lorraine ?
C’est un territoire extrêmement contrasté. Entre la Vallée de la Meuse et le secteur d’Albestroff, il y a des différences culturelles, paysagères et historiques très fortes. Les langues d’origine, les bassins de vie ou encore les influences territoriales ne sont pas les mêmes.
Le Parc est aussi un territoire particulier parce qu’il se trouve entre plusieurs pôles urbains situés à l’extérieur de ses limites. Cela crée une identité plus diffuse, moins évidente à saisir au premier regard.
Pour toi, qu’est-ce qu’il manque au Parc naturel régional de Lorraine pour faire davantage le lien entre ses habitants ?
Dans beaucoup de Parcs naturels régionaux situés en montagne ou dans des territoires très touristiques, il existe une identité culturelle forte et immédiatement identifiable. Ici, l’identité est plus discrète, plus éclatée, ce qui rend parfois le sentiment d’appartenance plus difficile à construire.
Je pense qu’il manque peut-être une continuité plus marquée autour des grands cours d’eau, notamment la Vallée de la Meuse ou les Boucles de la Moselle au sud. Les rivières ont toujours structuré l’histoire et les paysages lorrains. La Meuse, la Moselle, la Meurthe ou encore la Sarre font profondément partie de l’identité de la Lorraine.
“Je dirais les Côtes de Meuse, parce que je ne connaissais pas vraiment ce territoire avant d’arriver au Parc. J’ai découvert des paysages que j’apprécie beaucoup, notamment du côté des Éparges, de Viéville-sous-les-Côtes ou encore d’Hattonchâtel.
Ce que j’aime ici, c’est la diversité des paysages, avec cette cohabitation entre les prairies, les vergers et les haies. Ce sont des espaces qui dégagent une vraie richesse paysagère et une ambiance assez particulière.“
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