Des métiers au service du territoire

Entretien avec Marion Colnet

Responsable du Pôle Aménagement durable du Territoire

© Didier Protin

Marion, savais-tu ce qu’était un Parc naturel régional avant d’y entrer ?

Oui, tout à fait. J’ai fait un Master en géographie et aménagement du territoire, et les Parcs faisaient partie des outils dont on parlait dans nos cours, pour comprendre comment on protège et valorise les territoires.

À l’époque déjà, je trouvais ces structures assez singulières. J’en avais une image très positive : des lieux où l’on ne se contente pas de préserver, mais où l’on cherche aussi à inventer, à expérimenter, à accompagner les transitions autrement.

C’est d’ailleurs ce qui me plaît encore aujourd’hui : cette capacité à relever des défis de territoire en testant, en innovant, en sortant des cadres classiques.

Qu’est-ce qui t’a amenée à travailler ici ?

Entrer dans un Parc naturel régional n’était pas un hasard, c’était presque une évidence pour moi.

Je suis arrivée au Parc en 2009, il y a maintenant 17 ans, d’abord par un stage. À l’époque, je cherchais un lieu où je pourrais mettre en cohérence mes études en géographie et aménagement du territoire avec mes convictions personnelles, très ancrées autour de la préservation de l’environnement et du monde rural.

Ce stage portait sur l’évaluation à mi-parcours de la précédente Charte. Et l’opportunité s’est rapidement présentée de rester, puisque le Parc s’engageait dans un moment clé : la révision de sa Charte. J’ai eu la chance de pouvoir en assurer la coordination pendant plusieurs années.

En 2015, lorsque cette nouvelle Charte a été validée, j’ai évolué vers un poste de chargée de mission sur le développement de filières et la valorisation des ressources locales.

Et depuis deux ans, je suis responsable du pôle Aménagement du territoire et filières, un poste qui prolonge ce fil conducteur : travailler au service des territoires, en lien avec leurs ressources et leurs dynamiques.

Être responsable du pôle Aménagement du territoire et filières, qu’est-ce que cela représente ?

C’est avant tout un rôle de coordination et d’accompagnement. J’accompagne les chargés de mission dans la mise en œuvre de leurs actions, pour m’assurer qu’elles s’inscrivent bien dans la stratégie du territoire. Cela passe très concrètement par de l’appui technique sur les projets, la recherche de financements, ou encore la construction de partenariats avec des acteurs très variés.

 

Le pôle est pluridisciplinaire et intervient sur un large éventail de thématiques liées à l’aménagement du territoire et à la structuration de filières : urbanisme, patrimoine, paysage, agriculture durable, gestion forestière, transition énergétique, valorisation des produits locaux, mais aussi systèmes d’information géographique et observatoire du territoire.

Nous sommes également très investis dans des projets de coopération européenne. C’est le cas par exemple sur des sujets comme l’évolution des paysages face au changement climatique ou encore le développement d’une filière brassicole biologique transfrontalière.

Par ailleurs, nous engageons actuellement un travail majeur : la révision de la Charte. C’est un exercice de longue haleine qui va mobiliser le Parc dans les prochaines années. Il s’agit de se questionner sur le périmètre du futur Parc naturel régional et de mener une large concertation avec les acteurs du territoire pour définir une stratégie à l’horizon 2031–2046.

Enfin, je coordonne également les avis du Parc sur les projets d’aménagement : infrastructures de production d’énergies renouvelables, études d’impact, projets soumis à évaluation environnementale… L’enjeu est de veiller à leur cohérence avec la Charte, notamment en matière de biodiversité, de paysages et de cadre de vie. Ces avis sont construits collectivement, à partir des regards croisés des chargés de mission selon leurs expertises.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ta mission ?

Ce que j’aime particulièrement, c’est la diversité incroyable des thématiques que nous abordons. Travailler sur autant de sujets différents, en mobilisant des compétences variées et complémentaires, c’est une vraie richesse.

Cette approche nous oblige à croiser les regards, à avoir une lecture transversale des enjeux pour imaginer des solutions concrètes et adaptées. C’est aussi ce qui fait, selon moi, toute la force des Parcs naturels régionaux.

C’est un métier dans lequel on apprend en permanence. Chaque projet, chaque sujet apporte de nouvelles connaissances, de nouvelles perspectives.

Et puis il y a tout le travail partenarial : la mise en réseau, la concertation entre acteurs aux intérêts parfois différents. Ces échanges sont souvent exigeants, mais ils sont aussi très stimulants et permettent de faire émerger des projets innovants et partagés.

À quel moment te dis-tu que tu as réussi ta mission ?

Une de mes plus belles réussites, à titre personnel, concerne un projet Interreg appelé Défi Laine. L’idée était de valoriser les prairies du territoire tout en soutenant les éleveurs, en redonnant de la valeur à une ressource souvent peu considérée : la laine.

Moutons et chien de berger au Pays des étangs © Didier Protin

Dans ce cadre, nous avons accompagné la structuration d’une coopérative d’éleveurs, Mos’Laine, qui sera implantée en Moselle Sud, sur un ancien site industriel à Bataville. L’usine devrait sortir de terre en 2026, après près de neuf ans de travail.

Au départ, notre rôle a été d’animer la réflexion et de mettre les acteurs autour de la table. Il s’agissait aussi de faire émerger une prise de conscience : la laine est une véritable matière première, avec un potentiel important.

Nous avons ensuite accompagné les éleveurs pour qu’ils se réapproprient les gestes liés au tri de la laine lors des chantiers de tonte. Des analyses en laboratoire ont été réalisées pour mieux connaître la qualité des fibres, et des partenariats ont été noués avec des entreprises afin de tester concrètement les débouchés possibles.

Ce projet illustre bien ce que peut être le rôle d’un Parc : initier une dynamique locale, faire se rencontrer les acteurs, expérimenter, tester, et ouvrir des perspectives autour de la transformation et de la valeur ajoutée d’une ressource du territoire.

Quels sont les grands défis du pôle dans les années à venir ?

Les défis sont nombreux, mais ils s’articulent surtout autour des transitions.

Il y a d’abord les transitions agricoles et alimentaires. L’enjeu est d’encourager encore davantage des pratiques agricoles vertueuses, adaptées au changement climatique, et de soutenir une alimentation de qualité. C’est un sujet très fédérateur : bien manger, c’est à la fois bénéfique pour la santé des habitants, pour celle de la planète, et pour la viabilité économique des exploitations agricoles. L’objectif est aussi de rendre cette alimentation locale, de saison et de qualité accessible à tous, que ce soit dans les cantines, les restaurants, ou plus largement dans les habitudes alimentaires du quotidien.

Il y a ensuite la transition énergétique, qui est un enjeu majeur pour l’avenir. Cela passe d’abord par la maîtrise et la sobriété énergétique, notamment à travers la rénovation des bâtiments avec des matériaux biosourcés. Et puis par l’accompagnement de projets de production d’énergies renouvelables, en veillant à ce qu’ils soient innovants, bien intégrés dans les paysages et respectueux de la biodiversité.

La transition paysagère est également un sujet central. Le changement climatique transforme et va profondément transformer les paysages. Il est important de s’en saisir dès maintenant, en menant une réflexion prospective sur la manière dont on habite les territoires ruraux et sur ce que pourraient être les paysages de demain.

Enfin, la question de l’eau est essentielle. Il s’agit de penser le partage de cette ressource, en qualité comme en quantité, afin de répondre aux besoins des habitants tout en permettant aux activités économiques de continuer à fonctionner. L’enjeu est bien celui d’une cohabitation équilibrée entre les différents usages.

Ton coup de cœur sur le Parc ?

J’aime beaucoup le Pays des étangs, avec ses prairies qui se succèdent et ces paysages ouverts où l’on croise des moutons à perte de vue. Il y a quelque chose de très apaisant dans ces espaces.

J’apprécie aussi particulièrement le secteur de Réchicourt-le-Château, avec son très bel étang, ses belles populations d’orchidées, et l’écluse qui a récemment été embellie par une fresque sur la nature. C’est un lieu vraiment singulier, à la croisée du paysage et du patrimoine.

Et puis il y a les Côtes de Meuse, qui ont été une vraie découverte pour moi à mon arrivée. Je ne m’attendais pas à trouver ces paysages dans le Parc naturel régional de Lorraine, ni cette concentration impressionnante de vergers. C’est un secteur qui m’a immédiatement marquée.

Grande écluse de Réchicourt-le-Château ©ART GE - Pierre Defontaine
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