Des métiers au service du territoire

Entretien avec Aurélie Toussaint

Adjointe au responsable de pôle et chargée de mission gestion partagée et intégrée de l'eau

Aurélie, dis-nous comment es-tu arrivée au Parc naturel régional de Lorraine ?

Je suis arrivée en 1994 pour un stage de six mois. Je travaillais alors sur les cours d’eau, les affluents de la Meuse pour être précise. Peu de temps après, j’ai poursuivi l’aventure en reprenant le poste d’animation du contrat de rivière du Rupt-de-Mad. Cette aventure s’est poursuivie jusqu’à l’élaboration en cours du Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux sur les bassins du Rupt-de-Mad, de l’Esch et du Trey, animé par mes collègues Julie Gourland et Clara Colin.

À cette époque, je travaillais avec les communes sur les questions liées aux cours d’eau, notamment en accompagnant la création de syndicats de rivière et leur prise en compte par les EPCI. C’était le début d’une gouvernance liée à l’eau qui se structurait progressivement sur le territoire. Au fil des années, nous avons réalisé un diagnostic de l’ensemble des cours d’eau du territoire afin de sensibiliser les élus à leur richesse et à leur fonctionnement écologique et les accompagner pour engager des actions de restauration et d’entretien des cours d’eau.

Peux-tu nous expliquer ta mission ?

Le Parc est présent pour suivre et accompagner les projets portés par les communautés de communes et les syndicats autour des milieux aquatiques et des zones humides.

Je travaille à la fois sur les étangs, les mares et les zones humides. J’accompagne notamment les communes propriétaires de petits étangs qui ne bénéficient pas forcément d’un classement ou d’une protection particulière, en leur apportant des conseils de gestion. Les plus petites communes n’ont pas toujours les capacités techniques en interne, c’est là que j’interviens pour apporter mon expertise.

De nombreuses communes s’engagent aujourd’hui pour la protection de l’environnement. Certaines acquièrent des étangs car elles sont convaincues de l’intérêt de restaurer ces milieux naturels, comme c’est le cas de la commune de Valbois. Le Parc intervient alors en assistance à maîtrise d’ouvrage : en accompagnant  les collectivités dans la rédaction des cahiers des charges, la consultation d’entreprises, le suivi de la réalisation des études de faisabilité…

Je suis ainsi plusieurs projets de restauration écologique visant à redonner toute leur place aux zones humides et à améliorer le fonctionnement naturel des milieux aquatiques. Ce sont des projets particulièrement satisfaisants à accompagner.

© Didier Protin

En quoi consiste ton travail au quotidien ?

Dans le cadre de la Charte actuelle du Parc (2015-2030), je pilote un programme de reconquête des mares prairiales. Le Parc a en effet identifié une dizaine de secteurs où les amphibiens ne peuvent plus se déplacer ou se reproduire correctement, faute de mares fonctionnelles en densité suffisante. Pour cela, nous ciblons des espèces comme le triton crêté ou la rainette verte.

La plaine de la Woëvre, en zone ouest, et le Pays des Étangs, en zone est, sont par exemple de grandes zones humides où il est essentiel de maintenir ces mares. Le Parc a choisi de se concentrer sur les mares prairiales car elles sont particulièrement menacées. Comme les prairies qui les abritent ! Pourtant, ces milieux jouent un rôle essentiel : ils stockent du carbone, régulent l’eau et abritent une biodiversité remarquable.

Depuis 2015, plus de 190 mares ont ainsi été créées ou restaurées chez des particuliers, des agriculteurs ou dans des communes. Le Parc assure la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre, puis fait intervenir des entreprises pour les travaux. Grâce au soutien financier continu de l’agence de l’eau Rhin-Meuse et de la Région Grand Est, les programmes s’enchaînent depuis plus de dix ans. 

Ce programme donne aussi lieu à des échanges très concrets avec les agriculteurs. Certaines mares peuvent en effet servir à l’abreuvement du bétail, tout en étant aménagées de manière favorable à la biodiversité, avec des berges en pente douce et un accès limité des vaches à l’eau. C’est une démarche gagnant-gagnant, à la fois utile pour les exploitants agricoles et pour la biodiversité des mares.

 
 

Je travaille également sur la connaissance et la préservation des zones humides. À partir d’une cartographie de pré-localisation, des inventaires de terrain ont été réalisés afin d’identifier précisément ces milieux selon des critères scientifiques et réglementaires. Le Parc dispose aujourd’hui d’une très bonne connaissance des zones humides qui est partagée largement et accessible via l’observatoire du Territoire : 

L’objectif est ensuite de transmettre ces données aux communautés de communes afin qu’elles puissent intégrer ces enjeux dans leurs documents d’urbanisme et mieux préserver ces espaces précieux. Les zones humides rendent de nombreux services écologiques et pourtant, depuis le début du XXe siècle, plus de 60 % d’entre elles ont disparu !

Qu’est-ce qui te donne de l’énergie dans ton travail ?

Ce sont les rencontres que je fais dans les communes, sur le terrain. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir expliquer l’importance des cours d’eau, des zones humides ou encore des mares, et de sensibiliser aux nombreux services que ces milieux rendent au quotidien et à leur nécessaire préservation.

 

Ton coup de cœur sur le Parc ?

J’ai un petit attachement pour la vallée de la Creuë, qui est un affluent de la Meuse.

La fontaine Gérardin dans le fond de vallon de l’abbaye de l’Étanche est un lieu magique, avec une eau d’une grande transparence… C’est vraiment magnifique.”

Fontaine Gérardin ©PnrL
Abbaye de l'Etanche ©Pnrl-Jenny Mahé
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