Des métiers au service du territoire

Entretien avec Johan Claus

chargé de mission Natura 2000

Depuis 15 ans, Johan arpente les forêts, les vallées, les prairies et les zones humides de l’ouest du Parc. Chargé de mission Natura 2000, il accompagne les acteurs du territoire pour mieux prendre en compte la biodiversité dans leurs projets. De la cigogne noire à la mulette épaisse, il connaît les espèces qui font la richesse de ces milieux. Mais son métier ne se résume pas à observer la nature : il consiste aussi à faire dialoguer agriculteurs, forestiers, élus et naturalistes. Rencontre avec un passionné de biodiversité… et de terrain.

© Didier Protin

Johan, raconte-moi un peu ton parcours et comment tu es arrivé au Parc ?

J’ai commencé par un BTS Gestion et protection de la nature à Charleville-Mézières, puis j’ai poursuivi mes études à Metz en environnement et en gestion de l’eau.

J’ai ensuite travaillé en Dordogne comme animateur de contrats de rivière, puis en Touraine, au CPIE Touraine-Val de Loire, où je suivais notamment une zone Natura 2000.

Et puis j’ai eu envie de revenir en Lorraine, notamment pour me rapprocher de ma famille. Je suis arrivé au Parc en septembre 2011.

Quinze ans sur le même poste, tu ne t’en lasses pas ?

Je travaille sur plein de milieux, de sites, d’acteurs et de problématiques différentes. Même si mon poste reste le même, les situations changent tout le temps.

Et puis le travail est infini : il y a toujours de nouveaux projets, de nouvelles actions à imaginer ou à accompagner.

Le territoire du Parc compte 16 sites Natura 2000. Peux-tu nous expliquer ce que c’est et quel est ton rôle ?

Natura 2000, c’est une politique européenne de protection de la biodiversité qui repose beaucoup sur la concertation et le volontariat. L’objectif, ce n’est pas de mettre les territoires sous cloche, mais de faire en sorte que les activités humaines prennent en compte les enjeux de biodiversité.

Je travaille principalement sur la partie ouest du Parc, historiquement sur la forêt de la Reine, la vallée du Rupt-de-Mad et la vallée de l’Esch, mais j’ai aussi travaillé sur Lachaussée et maintenant sur Madine. Je suis devenu un peu référent biodiversité sur la partie ouest du Parc.

Mon rôle est de faire le lien avec les agriculteurs, les forestiers, les élus, les chasseurs, les associations… pour essayer de trouver des solutions qui fonctionnent pour tout le monde.

Pourtant, on pourrait à première vue résumer ton métier à « protéger la nature »…

On n’est pas que sur l’écologie. Si je veux protéger un gobemouche à collier ou une cigogne noire, il faut que je comprenne comment fonctionne une forêt. Si je veux préserver une zone humide, il faut que je comprenne aussi les contraintes d’un agriculteur.

Il faut connaître les espèces et les milieux naturels, mais aussi savoir comment travaillent les gens qui les gèrent.

Qu’est-ce qui te plaît des sites sur lesquels tu travailles ?

C’est justement leur diversité. Le Parc n’a pas forcément un paysage emblématique unique comme certains autres territoires de Parc comme la Brenne, mais on peut passer de milieux très humides à des milieux très secs, presque méditerranéens, et retrouver aussi des espèces liées à des ambiances plus montagnardes.

La forêt de la Reine, avec ses étangs et ses mares, est très différente de la vallée de l’Esch ou de la vallée du Rupt-de-Mad, avec leurs prairies humides, leurs forêts et leurs rivières. Et sur les Côtes, on retrouve des milieux beaucoup plus secs, avec des pelouses calcaires et les vergers.

Cette diversité explique aussi la richesse des espèces que l’on peut rencontrer : chauves-souris, pics, gobemouche à collier, cigogne noire, pygargue à queue blanche, castor, amphibiens…

Finalement, ton métier, c’est aussi beaucoup de relations humaines ?

Oui, énormément. Il faut créer de la confiance. Au début, il faut se présenter, expliquer ce qu’on fait, montrer qu’on est là pour travailler avec les gens et pas pour leur imposer des choses.

Et avec le temps, ça change les relations. Aujourd’hui, certains agriculteurs que je connais depuis longtemps m’appellent directement quand ils rencontrent une difficulté et me demandent si je peux les aider à trouver une solution.

C’est là que je me dis qu’on a peut-être fait avancer les choses.

C’est important pour toi de dépasser cette image très « écolo » du Parc ?

Oui. La nature, chacun peut l’aimer et la pratiquer différemment. Un chasseur, un agriculteur, un naturaliste ou un pêcheur n’ont pas forcément le même regard sur un milieu, mais ils peuvent avoir envie de le préserver.

L’enjeu, c’est de réussir à travailler ensemble plutôt que de chercher à opposer les uns aux autres.

Forêt de la Reine en assec © C2 Images

A quoi ressemble une journée type Natura 2000 ?

Il n’y en a pas vraiment ! Je peux être au bureau, en réunion avec des partenaires, puis quelques heures plus tard être sur le terrain avec les bottes aux pieds.

Et le terrain, ce n’est pas seulement faire des inventaires. C’est aussi rencontrer les gens, écouter, comprendre leurs pratiques et leurs contraintes.

Cette polyvalence, c’est ce qui rend le métier intéressant.

Tu as récemment travaillé sur un projet autour de la forêt de Madine.

Oui, avec les acteurs du site, on travaille notamment sur un projet autour de la biodiversité et de l’adaptation des forêts au changement climatique.

L’idée est de faire évoluer certaines pratiques, notamment en laissant davantage de place à la naturalité dans certaines parties de la forêt et en restaurant des mares forestières.

Mais au-delà des actions concrètes, ce qui est intéressant, c’est surtout d’avoir réussi à mettre autour de la table des acteurs qui n’ont pas forcément les mêmes objectifs au départ.

C’est vraiment ça, le rôle du Parc : créer du dialogue et essayer de construire une vision commune à long terme.

Qu’est-ce que le Parc peut apporter de particulier dans cette démarche ?

La vision. On travaille à une échelle plus large et sur le temps long avec une Charte qui se projette à + ou – 15 ans. Pour préserver un étang ou une prairie, il faut aussi regarder ce qui se passe autour : l’agriculture, la forêt, l’eau, les paysages…

Et les Parcs ont parfois une longueur d’avance. Des choses qui paraissent naturelles aujourd’hui étaient déjà proposées il y a quinze ou vingt ans.

Se projeter à moyen et long terme, c’est vraiment notre rôle.

Ton coup de cœur sur le Parc ?

“Les étangs, de beaux étangs pittoresques avec des bois, des forêts humides, et puis le paysage de Côtes en fond. Les Côtes, c’est quand même magnifique : ce relief qui ondule, les vergers, les villages sous les Côtes. C’est une structure paysagère tellement particulière.

J’aime cette association entre les Côtes calcaires et les étangs. Des étangs avec de gros chênes les pieds dans l’eau et, au loin, on peut apercevoir un bout de Côte.

Finalement, on a là un beau tableau du paysage lorrain.”

Lac de Madine et Côtes de Meuse © G. Colinmaire
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