Des métiers au service du territoire

Entretien avec Sophie Girault

Responsable du Pôle Valorisation et sensibilisation

Sophie, qu’est-ce qui t’a amenée à travailler au Parc naturel régional de Lorraine ?

Je ne suis pas originaire de Lorraine et j’y suis arrivée en suivant mon conjoint le 8 janvier 1990.

Depuis l’enfance, j’ai été marquée par les émissions de Jacques-Yves Cousteau. Elles ont nourri très tôt chez moi une sensibilité à la préservation de l’environnement, ainsi qu’un intérêt pour la notion de territoire.

Avant de rejoindre le Parc, j’ai travaillé dans une agence de voyage, où je m’occupais de séjours pour des groupes et d’offres liées à la randonnée. Cette expérience m’a permis de mieux comprendre les attentes des visiteurs, mais aussi les impacts du tourisme sur les milieux naturels. C’est là que j’ai commencé à réfléchir à la manière de concilier découverte des territoires et respect de l’environnement — une question qui fait directement écho à mon engagement pour un tourisme plus durable.

J’ai alors pris l’initiative d’écrire au Parc. J’ai été recontactée peu après pour un poste de chargée de mission Meurthe-et-Moselle, à une époque où le Parc comptait un chargé de mission par département.

Comment es-tu arrivée ensuite au poste de chargée de mission tourisme ?

L’organisation a évolué avec le développement de l’équipe et l’arrivée d’un nouveau président. Les missions se sont progressivement structurées par thématiques, et je me suis naturellement orientée vers le tourisme.

À cette époque, on ne parlait pas encore de tourisme durable à proprement parler, mais déjà d’un tourisme attentif à la nature, soucieux de la respecter et de la valoriser. Ce positionnement correspondait pleinement à mes valeurs et à ma sensibilité.

Aujourd’hui, tu es responsable d’un nouveau pôle, comment définis-tu ton rôle ?

Le pôle Sensibilisation et valorisation regroupe aujourd’hui la communication, l’éducation, la culture et le tourisme.

Depuis sa création en 2024, il rassemble des équipes auparavant réparties en quatre services. L’enjeu est désormais de faire converger ces thématiques vers une ambition commune : valoriser les actions du Parc, de son territoire et de ses acteurs.

Mon rôle est de créer du lien entre les projets, de favoriser les approches transversales et de proposer des actions à destination des habitants, des visiteurs et des élus pour mieux faire connaître le Parc.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail ?

Ce que j’apprécie particulièrement, c’est la diversité des missions. Il n’y a pas de routine : chaque projet est différent.

Très souvent, tout part d’une idée avec une commune ou une intercommunalité. Cette idée évolue ensuite vers un projet construit collectivement, avec la recherche de partenaires, de financements, et la définition d’un cadre opérationnel.

J’aime cette phase de construction, qui donne le sentiment d’être constamment dans de nouveaux projets.

La coordination des acteurs est également essentielle. Travailler avec des élus et des partenaires engagés est très motivant. Chacun avance dans la même direction, avec une dynamique positive.

Enfin, les projets sont toujours abordés de manière croisée : environnement, agriculture, économie… Cette approche multithématique fait toute la richesse des Parcs naturels régionaux.

Quels sont les grands enjeux du tourisme durable en Lorraine à venir ?

Le changement climatique constitue un enjeu majeur.

Il implique d’adapter les pratiques à un contexte évolutif : sécheresses estivales, fragilisation des forêts, augmentation des risques d’incendies… autant de paramètres nouveaux à intégrer dans la gestion des activités de pleine nature.

Cela nécessite aussi d’accompagner les acteurs, notamment les réseaux de guides nature, par de la formation et de l’anticipation.

Les itinéraires de randonnée évoluent également, avec de nouvelles préoccupations comme la recherche d’ombre ou l’adaptation des parcours.

Est-ce que tu as senti une évolution depuis ton arrivée au Parc ?

Oui, très nettement. L’ingénierie du Parc a permis d’accélérer certains projets, notamment sur la gestion de la ressource en eau, avec la création précoce d’un poste dédié.

L’évolution du territoire ne dépend pas uniquement du Parc, mais son rôle d’accompagnement est essentiel. Le passage de la LGV en est un exemple : les impacts ont été importants, mais fortement encadrés sur les plans environnemental et paysager.

Le Parc a aussi contribué à l’émergence de nombreuses structures locales, comme la Maison de la polyculture dans le Toulois, l’écomusée d’Hannonville ou encore le CPIE des Côtes de Meuse. Ces liens sont toutefois souvent méconnus.

Un dernier mot ?

Depuis 60 ans, les Parcs naturels régionaux sont des outils pionniers dans le développement durable . Ils faisaient déjà du développement durable avant même que le terme existe.

Aujourd’hui, l’enjeu est que cette logique devienne une évidence à plus grande échelle : concilier préservation des milieux et développement des territoires.

Cela devrait être la base, et non une option. C’est une réflexion qui m’accompagne souvent.

Presqu'île de Tarquimpol © Miltide Léger
© Didier Protin

Ton coup de cœur sur le Parc ?

“J’ai une affection particulière pour l’étang de Lindre et le lac de Madine.

Les zones d’étangs, comme celles de Lachaussée, sont également très riches et surprenantes.

Les Côtes de Meuse occupent aussi une place importante : ce paysage de relief, mêlant histoire humaine, agriculture et mémoire du territoire, est particulièrement singulier.

Quand on en comprend l’histoire, on ne les regarde plus de la même manière.”

Lac de Madine ©ART GE - Pierre Defontaine
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