Des métiers au service du territoire

Entretien avec Maud Menestrel

Chargée de mission Tourisme durable

Toute jeune diplômée, Maud vient de rejoindre le Parc naturel régional de Lorraine comme chargée de mission Tourisme durable. Après une licence d’histoire et une classe préparatoire en géographie, elle poursuit son parcours avec un master Histoire orienté vers l’Union européenne et les relations internationales contemporaines. Un séjour Erasmus de cinq mois à Valence, en Espagne, vient compléter son parcours et nourrit son intérêt pour les territoires et le tourisme de proximité.

© Didier Protin

Maud, peux-tu présenter ton parcours en quelques mots ?

Après une licence d’histoire, j’ai fait une classe préparatoire en géographie. C’est notamment à cette période que j’ai commencé à m’intéresser davantage aux territoires et aux enjeux liés au tourisme. On abordait beaucoup le tourisme à travers les problématiques environnementales et climatiques : comment adapter les pratiques touristiques à ces enjeux, notamment face aux changements à venir.

Mes cinq derniers mois d’études se sont ensuite déroulés à Valence, en Espagne, dans le cadre d’un séjour Erasmus. Une expérience qui m’a beaucoup apporté et qui m’a notamment permis de prendre confiance en moi. J’ai rencontré des étudiants venus de plusieurs pays européens et j’ai été immergée dans un environnement multilingue.

Vivre un Erasmus, c’est une véritable leçon de vie. On sait que le temps est compté, alors on vit à fond, avec une immense soif de découverte. En Espagne, j’ai notamment beaucoup pratiqué le tourisme de proximité, à Valence, dans les montagnes, mais aussi au sein du Parc naturel de l’Albufera.

En rentrant, je me suis dit que je pouvais finalement porter ce même regard sur mon propre territoire et prendre davantage le temps de découvrir les lieux où j’ai grandi.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de rejoindre le Parc naturel régional de Lorraine ?

Je suis restée très marquée par un projet auquel ma classe avait participé à l’école primaire. Il s’agissait de découvrir la zone humide de mon village et la biodiversité qui y était présente. L’objectif était ensuite de valoriser cet espace en réalisant des panneaux d’information sur la faune et la flore. Chaque élève avait participé aux illustrations.

Une artiste nous avait accompagnés dans la réalisation de ces dessins. Chaque élève avait une espèce à représenter. Moi, j’avais dessiné un troglodyte mignon.

C’est à cette occasion que j’ai découvert ce tout petit oiseau et que j’ai commencé à observer plus attentivement les détails de son plumage. Après ce projet, je cherchais davantage à l’apercevoir lorsque je me promenais dans le village.

Avec le recul, je pense que cette expérience a contribué à ma sensibilisation au monde vivant qui nous entoure, à toutes ces espèces qui vivent juste à côté de nous et auxquelles on ne prête pas forcément attention.

Travailler aujourd’hui au Parc fait finalement écho à cette expérience que j’ai vécue enfant. C’est aussi une structure dont je partage les valeurs. Je suis particulièrement attachée aux territoires ruraux et j’ai la conviction qu’il est important de les accompagner et de les soutenir, aussi bien sur les plans économique et social qu’environnemental.

Le tourisme durable est désormais au cœur de tes missions. Qu’est-ce qui te passionne dans ce domaine ?

Ce qui me plaît beaucoup dans le tourisme, c’est qu’il se situe vraiment à la croisée des chemins dans un Parc naturel régional. Pour moi, le tourisme durable est un véritable levier du développement durable.

Le tourisme est d’abord un vecteur de découverte et de sensibilisation. Dans un Parc, il permet de mieux comprendre les territoires, leurs paysages, leurs patrimoines et les enjeux auxquels ils sont confrontés.

Et aujourd’hui, cette découverte s’adresse à tout le monde. Au Parc, le tourisme s’adresse aussi aux habitants. On cherche notamment à favoriser un tourisme de proximité, pour permettre à chacun de mieux connaître son territoire et de prendre conscience des richesses qui l’entourent, mais aussi des enjeux environnementaux auxquels il est confronté.

Le tourisme, c’est aussi beaucoup de rencontres et de relations humaines. J’ai toujours aimé cette dimension-là. Je pense que cela me vient notamment de mes grands-parents, très impliqués dans la vie associative de leur village. Avec leur association, ils font découvrir des territoires, parfois dans la région, parfois plus loin, toujours avec cette envie de créer du lien et de semer du bonheur autour d’eux.

Enfin, le tourisme peut contribuer à l’économie locale, en permettant de faire connaître et de soutenir des acteurs du territoire qui s’engagent pour celui-ci.

Pour moi, le tourisme est donc un outil essentiel du développement durable : il permet de découvrir, de comprendre, de rencontrer et de faire vivre un territoire.

Qu’est-ce qui t’a le plus surprise en arrivant au Parc ?

Je pense que c’est surtout la diversité des missions, des actions menées, mais aussi des profils qui travaillent au sein du Parc.

Avant d’arriver, je connaissais le Parc de nom et j’avais déjà eu l’occasion de découvrir certaines de ses actions lorsque je travaillais l’été au Musée Départemental de Marsal. Mais je ne connaissais pas vraiment le Parc dans son fonctionnement, dans toute la diversité de ses missions et des métiers qui y sont associés.

En arrivant, j’ai découvert une structure très riche, avec énormément de sujets différents. Il y a des personnes qui travaillent sur des domaines variés, avec des compétences et des approches différentes. Et pourtant, toutes ces personnes doivent réussir à travailler ensemble autour d’un même territoire.

C’est quelque chose qui me surprend encore aujourd’hui. Je découvre toujours de nouvelles missions, de nouveaux projets, de nouvelles façons de travailler. Je trouve assez fascinant de voir comment toutes ces expertises peuvent se croiser et se compléter pour faire avancer les projets du Parc.

Selon toi, quels seront les grands défis du tourisme de demain dans le Parc naturel régional de Lorraine ?

Je pense qu’il y a trois grands enjeux.

Le premier, c’est de continuer à développer un tourisme accessible à tous, qui puisse profiter au plus grand nombre, mais aussi contribuer au développement local. Le tourisme est une activité économique : il doit permettre aux acteurs engagés de vivre de leur activité ou de la compléter. Je pense notamment aux hébergeurs, aux producteurs, aux artisans d’art ou à d’autres acteurs locaux qui pourraient intégrer leurs savoir-faire dans des expériences touristiques et ainsi diversifier leurs revenus.

 

Le deuxième enjeu, c’est évidemment l’adaptation au changement climatique. Les conditions météorologiques évoluent et cela va nécessairement avoir des conséquences sur les activités touristiques. Il faudra adapter les pratiques et l’offre, mais aussi savoir s’adapter dans la manière d’accueillir les visiteurs : modifier les horaires, privilégier certaines périodes ou certains lieux, ou encore savoir reporter une activité lorsque les conditions ne permettent pas de la maintenir en toute sécurité.

Enfin, le troisième enjeu est celui de la culture du risque. Les professionnels du tourisme ont un rôle important à jouer pour sensibiliser leurs visiteurs. Cela pourrait passer par des formations et des temps sur le terrain pour apprendre concrètement à identifier les risques et à adapter les pratiques.

Pour moi, l’enjeu est de réussir à continuer à faire découvrir le territoire tout en apprenant à vivre avec les nouvelles réalités climatiques.

Depuis ton arrivée, y a-t-il une rencontre, une découverte ou un moment qui t’a particulièrement marquée ?

Je pense notamment à ma première Escapade Lor’Evasion. C’était l’occasion de découvrir une partie du territoire du Parc que je connaissais moins, dans sa zone ouest, autour des Côtes de Meuse.

Le thème de cette sortie était le vignoble. J’ai pu découvrir la diversité du vignoble lorrain, les paysages très particuliers des Côtes de Meuse, mais aussi la culture de la vigne et les spécificités de ce territoire. Je ne connaissais pas du tout les Côtes de Meuse, donc cette sortie m’a permis de les découvrir autrement, directement sur le terrain.

Mais ce qui m’a surtout marquée, c’est de découvrir tout le potentiel de ces Escapades et le travail qui a déjà été réalisé pour les construire. C’est un dispositif qui existait avant mon arrivée et qui a été imaginé et développé par les personnes qui m’ont précédée. Je trouve intéressant de pouvoir aujourd’hui m’appuyer sur ce travail et continuer à le faire évoluer.

Les Escapades permettent de découvrir la destination autrement, en allant à la rencontre de celles et ceux qui font vivre le territoire et qui s’engagent pour son évolution. En une journée, on découvre un lieu, des paysages, des savoir-faire, mais aussi des personnes et leurs projets.

Je trouve ça particulièrement intéressant pour des visiteurs qui ne connaissent pas du tout le Parc. Ils repartent avec des souvenirs, mais aussi avec une meilleure compréhension du territoire et de ceux qui le font vivre. Et surtout, avec l’envie de continuer à le découvrir.

Ton coup de cœur sur le Parc ?

“J’ai forcément un petit attachement pour Marsal. J’y ai travaillé pendant plusieurs mois, et c’est un territoire que j’ai appris à découvrir et à apprécier. Ce qui me plaît, c’est cette association entre l’histoire du sel, l’archéologie, le patrimoine et la nature. C’est un tout petit village, mais il possède une identité vraiment particulière. Pour moi, c’est “un petit îlot hors du temps.”

« Depuis mon arrivée au Parc, j’ai eu un véritable coup de cœur pour les Côtes de Meuse.  J’ai été surprise par ses paysages, mais aussi par toute la richesse du vignoble et du territoire comme à Combres-sous-les-Côtes.  Même lorsqu’on est Lorraine, on peut encore faire de belles découvertes. “

© Musée départemental du Sel CD57
Combres-sous-les-Côtes © PnrL
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