Des métiers au service du territoire

Entretien avec Sylvie Balczesak

Professeure de Sciences de la Vie et de la Terre, conseillère pédagogique du 2ᵉ degré et chargée des relations avec l’Éducation nationale

Professeure des écoles mise à disposition du Parc naturel régional de Lorraine par la Direction des Services Départementaux de l’Éducation Nationale, Sylvie accompagne les enseignants et les partenaires du territoire autour de l’éducation au territoire, de l’Éducation Artistique et Culturelle (EAC), de la biodiversité et du patrimoine naturel lorrain.

© Didier Protin

Sylvie, comment une enseignante est amenée à travailler dans un Parc naturel régional ?

En ce qui me concerne, plusieurs choses se sont alignées. Il y a d’abord eu l’opportunité : un appel à candidatures pour un poste au Parc pour la DAAC est arrivé dans ma boîte mail.

Mais derrière ce hasard, il y avait aussi des envies profondes. J’aime la nature et j’avais envie de mettre ma petite pierre à l’édifice pour l’environnement. J’aimais mon métier d’enseignante, mais je ressentais aussi le besoin d’une vraie bouffée d’oxygène : faire toujours la même chose finit par peser.

J’avais envie de travailler davantage avec des adultes, de conseiller, d’accompagner et d’élargir mon champ de vision. Le Parc m’a offert exactement cela.

En quoi consiste concrètement ton travail au quotidien ?

Au Parc, il n’y a pas vraiment de quotidien type ! Un jour je coordonne une formation d’enseignants, le mois suivant j’accompagne un projet avec une classe sur le terrain, et un autre jour, je travaille sur un projet transfrontalier Interreg. La variété des missions confiées par le Parc est une richesse permanente. Je continue à enseigner en parallèle, ce qui me permet d’utiliser cette expertise directement avec mes élèves. Je suis aussi en lien étroit avec la DAAC, pour laquelle je fais la promotion de l’EAC (Éducation Artistique et Culturelle) auprès des structures partenaires du territoire.

Qu’est-ce qui te fait vibrer dans tes missions au Parc ?

Transmettre. Que ce soit avec des enseignants, des élèves ou des partenaires, c’est toujours cette idée de partager une découverte, d’allumer quelque chose chez l’autre.

J’aime aussi conseiller et accompagner des projets qui ont du sens : contribuer, même modestement, à ce que chacun comprenne mieux son territoire et ait envie de le respecter davantage.

As-tu eu une rencontre marquante depuis que tu travailles avec le Parc ? 

Il n’y a pas qu’une rencontre : il y en a des dizaines. Ce qui me plaît, c’est de travailler au quotidien avec une équipe de passionnés qui partagent les mêmes valeurs. Et, au-delà du Parc, de découvrir que le territoire foisonne de personnes engagées : des enseignants, des animateurs, des habitants…

C’est rassurant et c’est une vraie source d’énergie.

Aurais-tu une anecdote à nous raconter ?

Un matin glacial de novembre aux étangs de Lachaussée en Meuse, pour vivre le fameux “tiré du filet”, une technique de pêche ancestrale. La vase jusqu’aux genoux, le froid qui mord, l’effort physique qui épuise… et pourtant, ce souvenir reste l’un des plus forts de mes années au Parc.

Ce jour-là, l’équipe de la première heure était là : Marc, Ronan, Nicolas, Odile. On tirait tous dans le même sens, au sens propre comme au sens figuré. C’est dans ces moments-là qu’on comprend vraiment ce que signifie partager des valeurs communes : pas dans les réunions, mais dans la vase, par -5 °C, à se donner à fond pour le territoire.

Mais… ceci dit, c’était exténuant !

Quel paysage ne te lasses-tu jamais de voir ?

Les étangs de Lachaussée. À l’affût du passage des grues cendrées, ou à l’affut pour saisir avec mon appareil photo une libellule qui se pose. Et parfois, en longeant un talus, une orchidée sauvage qui surgit là où on ne l’attendait pas.

Je repars à chaque fois avec la même émotion intacte et souvent avec une carte mémoire pleine !

Grues cendrées © Jenny Mahé

Quelle serait ta recette pour préserver le vivant ou agir pour la transition écologique ?

S’arrêter au bord d’un étang et regarder. Juste regarder.

On ne protège que ce que l’on connaît et ce que l’on aime. Et ces paysages-là, une fois qu’on les a vus, on comprend instinctivement pourquoi cela vaut la peine de les préserver.

C’est le fil rouge de mon travail : donner aux enfants comme aux adultes l’occasion de vivre ce genre de moment sur le territoire. C’est pourquoi le programme éduquer au dehors a tant de sens.

Une orchidée découverte par un enfant, c’est peut-être la plus belle graine que l’on puisse semer.

Connaissais-tu le Parc avant d’y venir en mission ?

Pas vraiment. Il y a quinze ans, le Parc n’était pour moi qu’un nom sur une carte.

C’est une fois intégrée à la structure que j’ai vraiment commencé à découvrir le territoire. Et c’est finalement ce qui m’a le plus surprise : j’aime les grands voyages, mais c’est en explorant ce territoire de proximité que j’ai compris qu’on peut découvrir et s’émerveiller sans aller loin.

Ton coup de cœur sur le Parc ?

La Meuse, sans hésitation.

Pas un endroit précis, mais tout un département : sa verdure généreuse, ses forêts profondes, ses côtes qui offrent des panoramas à couper le souffle et cette histoire qui affleure partout.

C’est un territoire qui a de l’épaisseur, dans tous les sens du terme.

Tiré du filet aux étangs de Lachaussée
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