Des métiers au service du territoire

Entretien avec Sandrine Close

Chargée de mission Culture

Comment as-tu découvert les Parcs naturels régionaux et qu’est-ce qui t’a amenée à rejoindre le Parc naturel régional de Lorraine ?

Quand j’étais étudiante, je ne savais pas véritablement ce qu’étaient les Parcs naturels régionaux. C’est grâce à un stage que j’ai découvert cet univers et que j’ai assez vite compris ce qu’était un Parc et quelle était sa vocation.

À l’époque, je ne me destinais pas forcément à faire carrière au sein d’un Parc. Mon objectif était plutôt de diriger une structure pour le jeune public. Mais j’ai finalement été séduite par ce métier très diversifié, où l’on mène des actions différentes chaque jour.

J’ai effectué ce stage de six mois à la fin de mon DESS ( l’équivalent d’un Master aujourd’hui) entre octobre 1998 et mai 1999. La commune de Ville-sur-Yron et la DRAC Lorraine m’avaient confié une mission : réfléchir à la création d’un festival du film documentaire consacré au monde rural.

Ce projet est devenu le festival Caméras des Champs, lancé en mai 1999. Juste après cette première édition, j’ai été embauchée au Parc naturel régional de Lorraine comme chargée de mission médiation culturelle.

Est-ce que le festival Caméras des Champs existe toujours ?

Oui, il existe toujours… 27 ans plus tard !

Depuis 2024, le festival a évolué puisqu’il ne se déroule plus uniquement à Ville-sur-Yron. Il se décentralise désormais dans plusieurs communes du territoire.

L’équipe de bénévoles prend de l’âge et il devenait compliqué d’organiser, pendant six jours, toute une logistique à déplacer sur site, avec notamment l’accueil des réalisateurs et des membres du jury. L’idée était donc d’alléger cette organisation tout en faisant essaimer le projet sur le territoire.

Finalement, cette nouvelle formule fonctionne très bien. Aujourd’hui, le festival se déroule d’avril à mai autour de 7 à 8 rendez-vous organisés les vendredis soirs, avec des projections dans des salles de cinéma équipées et la diffusion de trois documentaires par soirée. Les réalisateurs sont également présents pour échanger avec le public et présenter leur film.

Est-ce que ton poste a évolué au fil des années ?

Lorsque je suis arrivée au Parc naturel régional de Lorraine, j’étais le bras droit du responsable de la mission culture et patrimoine. Je participais notamment à la mise en place de plusieurs festivals, comme le festival de marionnettes “Avril au bout du fil” ou encore “Itinéraire de lavoirs et d’images” en Meuse.

Aujourd’hui encore, j’accompagne les collectivités territoriales, les communes et les communautés de communes dans la mise en œuvre de leurs projets culturels. Le Parc joue un rôle de soutien, de mise en réseau et d’accompagnement pour faire émerger des projets adaptés aux réalités du territoire.

© PnrL

En quoi consiste concrètement ton travail au quotidien ?

J’accompagne les collectivités et les porteurs de projets culturels du territoire. Des communes me sollicitent régulièrement pour trouver des compagnies artistiques, monter des événements ou structurer des projets culturels. J’aide aussi à la recherche de financements, à la veille sur les appels à projets et à la communication autour des événements.

Une autre partie de mon travail consiste à inviter des artistes à poser leur regard sur le territoire du Parc naturel régional de Lorraine afin de valoriser ses patrimoines, à travers des spectacles, des résidences artistiques ou des créations en lien avec les enjeux du Parc.

Depuis quelques années, je coordonne également plusieurs projets européens Interreg autour de l’art, du patrimoine et de la valorisation des paysages de la Grande Région, comme les projets “Itinérance Aquatique” ou “Sous nos pieds”.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ta mission ?

C’est un métier très varié, où l’on travaille sur des projets toujours différents et souvent transversaux. On essaie aussi de comprendre les missions des autres collègues pour mettre en valeur ce qu’ils portent sur le territoire à travers la culture.

C’est un métier où l’on ne s’ennuie jamais. Il y a énormément d’idées, de rencontres et de projets à accompagner.

Peux-tu nous partager une rencontre marquante depuis que tu es au Parc ?

En 2019, nous avons accueilli, dans les vignobles lorrains, une compagnie de cirque contemporain japonaise. Sur le papier, faire se rencontrer des artistes japonais et des habitants du territoire pouvait sembler improbable, mais cela a été une très belle expérience. Les spectateurs ont été séduits et les artistes ont été touchés par l’accueil et la beauté des paysages viticoles.

Mais les rencontres marquantes peuvent aussi être beaucoup plus simples : un artiste qui joue un morceau de musique, et en face, un enfant avec les yeux ébahis par ce qu’il découvre.

Est-ce que les projets culturels sont toujours bien accueillis sur le territoire ?

La culture peut parfois souffrir d’une image élitiste. Le défi, c’est justement de montrer qu’un artiste est une personne comme une autre et que c’est souvent la médiation culturelle qui permet de créer du lien entre les habitants et les artistes. C’est aussi pour cela que nous faisons attention aux compagnies que nous accueillons, en privilégiant des artistes qui ont envie de rencontrer et d’échanger avec les habitants du territoire.

La culture se construit dans le temps. Il est important de rappeler que vivre en milieu rural ne doit pas empêcher d’avoir accès aux spectacles et aux propositions artistiques. Chacun peut ressentir et interpréter une œuvre différemment, et c’est justement toute la richesse de la culture.

Dans un Parc naturel régional de Lorraine, la culture est aussi une manière de mettre en valeur les paysages, la biodiversité et les patrimoines du territoire. C’est une autre porte d’entrée pour découvrir et raconter le territoire.

© Didier Protin

Est-ce que la médiation culturelle permet aussi de faire passer des messages autour du changement climatique ?

Oui, certaines interventions artistiques diffusées sur le territoire abordent déjà les questions liées au changement climatique. La culture permet parfois d’ouvrir le dialogue autrement, de manière plus sensible.

On constate aussi très concrètement les effets du changement climatique dans l’organisation des événements. Il devient plus compliqué de programmer des rendez-vous en plein été à cause des fortes chaleurs ou des risques d’incendie en forêt.

Le milieu culturel s’adapte progressivement : de plus en plus de compagnies investissent des lieux plus frais, en forêt, au bord de l’eau ou dans des espaces ombragés. Les horaires évoluent également, avec davantage de programmations en fin d’après-midi, en soirée, ou de balades proposées très tôt le matin.

Malgré ces adaptations, le public reste au rendez-vous. Les habitants sont curieux de découvrir leur territoire autrement et restent très attachés à ces propositions culturelles de proximité.

Ton coup de cœur sur le Parc ?

“J’aime beaucoup le village de Viéville-sous-les-Côtes, idéalement situé entre les vignes et les vergers des Côtes de Meuse. Son patrimoine architectural est très intéressant, avec ses deux lavoirs et ses maisons lorraines typiques. C’est aussi un village-rue,  emblématique des villages lorrains.

En Moselle, j’apprécie particulièrement  le Pays des Étangs, notamment Lagarde. Le canal et les étangs y créent des paysages très apaisants. Les territoires d’eau offrent une ambiance différente, plus calme et contemplative.”

© Didier Protin
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